CHAPITRE IV
« des Athéniens pour l'éloquence, et, à cause de son « voisinage, elle participe à leur délicatesse nalu- K relie. )>
C'est une chose étrange que notre saint ne nous ait point parlé davantage de ce pays, où l'on ne saurait faire un pas sans réveiller un monde de souvenirs. Craignaitil que ce voyage ne fiit un sacrifice occulte à son admiration pour l'antiquité, un hommage secret à l'esprit païen dont il semblait tant redouter les atteintes, ou bien se rappelait-il les paroles de son maître vénéré? <( Athènes, disait un jour saint Grégoire de Nazianze', « est une ville très-dangereuse pour le salut : ainsi en « jugent du moins, et non sans raison, les hommes les « plus pieux. Elle regorge, plus que tout le reste de « la Grèce, des richesses de Mammon, je veux dire « des idoles; et il est difficile de n'être point entraîné « dans l'erreur par leurs panégyristes et leurs défen- « seurs. »
Jérôme conservait bien son amour à tous les chefsd'œuvre que la Grèce a produits; mais il ne voulait pas qu'on pût lui reprocher d'avoir, de propos délibéré , arrêté ses pas sous le ciel qui les avait inspirés. Gomment s'exposer à confesser que peut-être il n'avait vécu là que pour la littérature, et à dire aussi, lui^ : « A peine « en Grèce, je n'ai plus pensé qu'à la poésie, à l'élo- « quence, à l'histoire grecque, à tout ce qui m'expliquait « le pays et le climat où je me trouvais transporté, à tout « ce qui réveillait et embellissait mes souvenirs d'études « et de jeunesse. » Dans son exaltation pieuse, dans son
' s. Grey. A'oï. Opéra, or. XLUI, 21. — Traduction de M. de Broclie, ri-'jjli^e el l'Empire romain, lor. cit.
- Som-rnim de voyages et d'études, Saint-Marc Girardin, l" série, Préface, p. IX.
220 LES VOYAGES DE SAINT JÉRÔiME.
allachement exclusif à la foi chrétienne, il avait peur de se voir accuser d'avoir fait un pèlerinage sur celte terre qui mettait à la disposition de ses poètes les dieux qu'elle venait d'imaginer, les héros qu'elle avait vus naître, les Muses habitantes de ses montagnes, les Grâces, dont la mère était sortie des flots qui baignent la péninsule hellénique.