‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 110 sur 236 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

lellres* la noble fermeté avec laquelle, adhérant à Rome seule, l'ermile de Chalcis s'était énergiquement refusé à toute communion avec les différents partis qui divisaient l'Eglise d'Antioche. De plus, le souverain pontife n'ignorait pas que Jérôme avait suivi les leçons d'Apollinaire sans jamais partager les erreurs de l'évêque de Laodicée, contre lesquelles il avait, au contraire, hautement prolesté. Dès lors, personne ne pouvait mieux que notre Dalmate indiquer le principe, montrer le développement de l'hérésie des Apoilinaristes, personne n'était plus à même d'éclairer le pape et le concile sur les dissensions de l'Orient. C'est pourquoi Damase le fit venir à Rome pour assister à l'examen de ces deux grandes questions : nous n'avons pas de lettre particulière du pape à l'appui de ce sentiment, mais Jérôme nous dit quelque part à ce propos que les nécessités de l'Eglise l'appelaient à Rome% et conmie il ne donne point d'autre raison de son voyage, ces paroles nous autorisent à penser qu'il ne l'entreprit que pour se rendre à l'appel du souverain pontife.

Comme il allait partir, saint Paulin d'Antioche et saint Epiphane de Salamine arrivèrent àConstantinople, dans le dessein de continuer leur route jusqu'à Rome. Paulin était un des évêques élevés au siège d'Antioche au milieu des troubles qui avaient agité cette Eglise : Jérôme le connaissait, et nous savons que, sur un avis du pape, il s'était empressé d'adhérer à la communion de ce saint prélat. Epiphane jouissait depuis longtemps d'une juste célébrité dans le monde chrétien; on eût pu dire de lui que c'était la cognée des hérésies; partout où elles se

« Ep. XIV et XVI, ad Damasuni.

' Ep. XCVI, ad l'rincipiam, tti., p. 781. « Cùm me Romani cum sanctis Pontificibus Paullno et Epiphanie, Ecclesiastica tiaxisset nécessitas.... »

224 LES VOVACiES UE SAINT JEKÔME.

icnconliôrenl, il les avall combalUies, allaquanl indislinclemenl les évoques, les prêtres, les solilaircs el tous ceux que l'on soupçonnait de favoriser l'erreur. L'un venait à Rome pour une affaire qui l'inléressail personnellement, l'autre apportait ses lumières pour aider à la condamnation décisive d'une doctrine qu'il avait déjà réfutée *. Ces deux évoques devaient seuls représenter l'Orient, les autres prélats ne purent prendre pari au concile, à cause des difiicultés qui les retenaient dans leurs Eglises, et, contrairement au vœu qu'en avait exprimé Damasc, le concile ne fut pas œcuménique. Jérôme ressentit une grande joie en voyant Epiphane cl Paulin, il s'empressa de se joindre à eux, et ils partirent ensemble pour la capitale de l'univers.

A Rome, l'évêque de Salamine devint riiôte d'une illustre veuve nommée Paula'-^; Jérôme eut sans doute occasion de la voir en allant visiter saint Epiphane, el comme saint Paulin comptait aussi parmi les familiers de la maison S nous aimons à placer entre ces deux vénérables prélats le berceau de l'amitié qui, plus tard, unit si intimement notre Dalmate à la fille desScipions. Un grand nombre d'évêques de l'Occident s'étaient rendus à l'appel de saint Damase. Parmi ces défenseurs de Torthodoxie, illustres parleur science et leurs vertus, on remarquait saint Ambroise de Milan, saint Ascole de Tbessalonique, saint Valérien d'Aquilée; ce dernier était fort avancé en âge, Jérôme fut heureux de le revoir, car il l'aimait comme un ami el le vénérait comme un père*. Le concile s'ouvrit : notre saint fui appelé à

' s. Epiph. adv. Hœreses. Apollinaristœ. ^ Ep. LXXXVl, ad Eusloch., t. IV, p. G71.

* Le Nain de Tili.ekoxt, Saint Jérôme, art. XXXVL

* Ep. VU, ad Chromât. Euscb. cl Jov., t. IV, p. 14.

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prendre une pari (rès-active aux travaux de celte grave assemblée. Dans la question des ApoUinaristes, on le chargea de l'importante fonction de dresser les professions de foi'; la tâche était délicate, il la remplit en homme accoutumé de bonne heure à déjouer les artifices de l'hérésie; et telle fut la sûreté de son jugement, telle la netteté de ses expressions, que l'on ne trouva jamais rien à reprocher aux actes rédigés par lui.

De jour en jour Damase apprenait à mieux apprécier le mérite de Jérôme; il résolut de se l'attacher par des liens indissolubles et le nomma son secrélaire. C'était une marque de haute estime, il lui donna bientôt un autre témoignage de confiance, en se reposant sur lui du soin de répondre aux consultations synodales des Eglises d'Orient et d'Occident ^ Aucun n'était plus digne de ce choix, personne n'était plus apte à servir d'interprète à la puissance doctrinale que le souverain pontife est appelé à exercer sur tous les fidèles. Jérôme, en effet, venait à Damase l'esprit agrandi par la contemplation des vérités dont il avait fait l'objet de ses longues méditations au désert ; les études auxquelles il s'était livré avaient étendu, développé son intelligence; le silence de la retraite, par l'habitude d'un recueillement continu, avait donné à sa raison une clarté de vue, une puissance d'investigation, qui la rendaient capable de porter la lumière dans les derniers replis des questions les plus ténébreuses. Dieu lui avait laissé le temps de se former, avant de le transporter dans son Eglise, et d'en faire une colonne destinée à supporter le poids de l'immortel édifice. Tel était Jérôme revenant prendre place au milieu de

' Ep. XCI, ad Agcnich., id., p. 7 H.

- Id. « Cum in chaitis ccclcsiasticis juvarem Damasum romanrc uiiiis ciiiscopum, et Oiiciitis atqufc Occidentis synodicis consultât ioiiilms icspoi;dcrem. »

la société romaine ; son souvenir ne s'était pas effacé dans tous les cœurs, il retrouva quelques amis fidèles, entre autres Pammachius, qui saluèrent avec joie le retour de leur ancien compagnon d'études. Le temps et le désert l'avaient bien changé, ce n'était plus le turbulent disciple de Donatus, et Rome, saisie d'étonnement, ne tarda pas à s'agiter autour de celui qui jadis avait passé, fort inaperçu, trois années de sa jeunesse à fréquenter les écoles. Il n'y eut bientôt qu'une voix pour faire son éloge, chacun disait avec admiration ce qu'il savait de son austère vertu façonnée aux rudes leçons des Pères du désert, de sa vaste science, de sa connaissance parfaite du grec, de ses longues études sur la langue hébraïque. C'était là surtout ce qui frappait les imaginations : il parlait le langage de iMoïse et des prophètes, on pouvait entendre de lui les vrais accents du roi David, il redisait les enseignements de Jésus-Christ dans l'idiome employé par le divin Maître. Jérôme arrivant dans la capitale de l'empire romain avec les secrets de cette littérature parfaitement étrangère, et pourtant si grande par ses noms, ses livres et ses souvenirs, dut exciter quelque chose de cet enthousiasme répété par les échos des sept collines, lorsque les premiers Grecs vinrent au pied du Capitole, enseigner les douceurs souveraines de leur langage, inspirer l'admiration de leurs immortels chefsd'œuvre. Pour ajouter à la ressemblance, Jérôme eut des Catons, mais il trouva aussi des Lélius et des Scipions.

Damase se place naturellement à la tête de ceux qui témoignèrent à notre saint la plus grande bienveillance et la plus vive affection. Une douce familiarité s'établit promplement entre le pape et son secrétaire. Damase était du pays de Sénèque, et partageait les goûts du philosophe pour l'étude et la science, il avait même hérité

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