CHAPITRE
de son faible pour la poésie, pouvait-il mieux rencontrer que Jérôme, souhaiter de s'attacher quelqu'un plus digne de sa faveur, que le disciple et l'ami de saint Grégoire de Nazianze? Celui-ci ne faisait point de vers, il est vrai, mais il savait les admirer. Jusque-là les moments du pontife étaient comptés, et sa vie occupée, comme il arrive toujours à ceux qui sont élevés en dignité : les honneurs sont un véritable servage*, où l'homme n'est plus à soi, où il appartient aux autres, pour leur consacrer son temps et son activité. Damase était retenu par le devoir; les fonctions suprêmes qu'il remplissait dans l'Église l'obligeaient à restreindre ses études, et à consacrer aux vivants les veilles qu'il eût plus doucement passées à converser avec les morts. Aussi ce fut une bonne fortune pour lui de s'attacher Jérôme ; notre Dalmate était toujours disposé à répondre aux interrogations sérieuses, content d'entreprendre toutes sortes de travaux, pour être agréable à ses amis, plus heureux encore de s'engager dans une conversation où les interlocuteurs mettent en commun la somme de leurs connaissances. Dès lors, Damase chargea Jérôme d'éludier en son lieu et place, il avait recours à lui dans ses difficultés, il l'interrogeait dans ses doutes, ses heures les plus courtes étaient celles qui s'écoulaient à demander à son secrétaire, de vive voix ou par écrit, le dernier mot des questions qu'il aimait à proposer sur les saintes Écritures. Damase ne savait au juste quel sens attribuer au mot Hosanna, il hésitait entre les interprétations différentes, contraires môme, proposées par les commentateurs ^ Pour sortir de ces incertitudes, il écrivit une première lettre à Jérôme, lui exposant son embarras, et
' Magna servitus est magna forlima. (Senèquc, Cous, à Polyhc, cli. x.wi, 1.) * Ep. Damasi nd inoro«vm.,t, IV, pars 1 p. 145.
réclamanlune explicalioii nelle et décisive. Dans sa réponse, notre sainl déclare que si l'on veut le sens précis du mot, il faut laisser de côtelés versions, et recourir au texte hébreu ; il rappelle les diverses circonstances de lÉvangile où l'on rencontre Hosanna, et il les compare aux passages de l'Ancien Testament, surtout du psaume cxvii, qui présentent la môme expression; il eu discute la signitication, et la conclusion dernière est, que s'il y a des interjections en latin pour exprimer la douleur, l'admiration, le mépris, on en trouve également en hébreu, et que la contraction de deux de ces exclamations en une seule a donné Hosanna, c'est-à-dire : Seigneur, sauvez-nous *.
Tôt après ces explications, Jérôme reçut une nouvelle lettre de Damase. Nous ne l'avons plus, mais il est facile de recueillir, dans la réponse de notre saint, le texte môme des questions que le pape lui avait adressées ^ Il se plaignait encore de la diversité des interprétations données à la parabole de l'enfant prodigue, il voulait savoir en détail le sens de chaque phrase, et surtout il demandait si les deux frères étaient vraiment la figure du ))euple juif et de la genlililé, ou bien s'ils représentaient les justes et les pécheurs. « Interroger ainsi, c'est pré- « parer la réponse, et questionner sagement, dit sainl (( Jérôme, c'est faire preuve de sagesse *. » Aussi ne voulut-il pas se laisser vaincre, il s'empressa d'adresser au pape un commentaire développé de la parabole. Il établit d'abord, selon l'Évangile, que tout dans la vie de Jésus - Christ se rapporte au salut des pécheurs, et il réfute en ])assant l'opinion de Tertullien que les publicains étaient
' Ep. HicTon. ad Damas., de Hosanna, id., p. liS.
^ Ep. llieron. «d Damas., de Filio prodign, id., p. 149.
^ Id. « Sapienler qiiippè intcrroganli, sapicntia rcpulabitur. »