‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 112 sur 236 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

(les gentils*, car il est évident que Jésus n'a eu pendant sa vie de rapports immédiats qu'avec des Juifs. Il applique ensuite tour a tour la parabole aux juifs et aux gentils, aux justes et aux pécheurs, montrant qu'elle peut très-bien s'entendre dans ce double sens.

En poursuivant la lecture de celte lettre, nous nous arrêtons sur un passage qui mérite, de notre part, un moment d'attention. Déjà nous avons eu occasion de remarquer la lutte de l'esprit chrétien contre les idées païennes, et de saisir cet antagonisme dans les paroles et les actions de saint Jérôme. Le songe qui l'épouvanta si fort à Ghalcis témoignait des déchirements de son cune, les paroles que nous avons sous les yeux prouvent que ses souffrances ne s'étaient point apaisées ; par moment, ses scrupules se reveillaient menaçants, implacables, comme tout ce qui naissait dans celte nature de feu; il conservait toujours la même affection pour les auteurs anciens, mais il s'efforçait de la renfermer dans de justes limites, tremblant sans cesse d'aimer trop les chefs-d'œuvre de Rome et d'Athènes. Pous calmer ses inquiétudes et se faire illusion, il attaquait alors les admirateurs passionnés de la littérature païenne, au nombr(î des(juels il espérait ainsi ne plus voir figurer son nom. « Nous pouvons, dit-il % par siliques, entendre autre « chose : les démons ont pour pâture les ouvrages des « poêles, les livres de la science profane, les discours « de l'éloquence pompeuse et artincielle. 11 y a là des « séductions auxquelles personne ne résiste; pendant « que les oreilles sont charmées par la douce harmo- « nie des vers, l'âme s'émeut et le cœur se laisse pren-

' Ep. Hier, ad Damas., idem, p. 160.

' Id., p. l,'»:}. « Possumus et aliter .siiiqiias intcrprcturi. nœmomim cIIjus estcarmina poetarum, s.Tcnlaris sapientia, rlioloriconim pnmpa verhctnim. »

« tire. Mais après y avoir consacré ses soins el ses « veilles, on s'aperçoiî que c'est seulement un vain bruit, « des paroles retentissantes. On n'y trouve point la « vérité qui rassasie, la justice qui répare les forces. « Ceux qui s'y attachent ont toujours soif du vrai , « sont sans cesse pauvres de vertus. Le Deutéronome « nous présente le type de cette science sous les traits « de la femme captive : quand un Juif voulait prendre « une esclave pour épouse, il devait, d'après la loi, lui « raser la chevelure et lui couper les ongles; une fois « puriiiée , elle pouvait partager la couche de son « vainqueur. Tout cela ne nous paraît-il pas ridicule « si nous le prenons à la lettre? et pourtant c'est ce (^ que nous avons coutume de faire quand nous lisons « des philosophes , quand nous parcourons un livre (( profane : si nous y surprenons d'utiles leçons, nous « en faisons notre profit pour notre instruction ; au con- « traire, si nous rencontrons des détails superflus sur « les dieux, l'amour, le soin des affaires temporelles, « nous les supprimons, comme les Juifs rasaient la cheu velure, et coupaient les ongles de leurs captives. »

Notre étonnement va croissant, lorsque nous rencontrons plus loin le texte de saint Paul défendant de manger de la chair offerte aux idoles, de peur de scandaliser les faibles ', et que nous entendons Jérôme prendre ces paroles pour un vaste interdit jeté sur la lecture, ou l'étude des philosophes, desorateurs eldes poètes. Puis il ajoute^ : u Dieu nous garde d'entendre sortir de la bouche d'un « chrétien : Jupiter tout-puissant! par Hercule! par Cas-

* Ep. 1, ad Corinth., ch. vin, v. 9. » Nonne tibi videtur sub aliis verbis dicere, ne legas philosophos, oratorcs, poctas? »

- Id. « Absit ut de oie chri?tiano sonet : « Jupiter omnipotens, » et « me hercule » et « me castor. »

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