‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 113 sur 236 · CHAPITRE V. îSl · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. îSl

« tor! et autres invocations non moins étranges. Mais « maintenant on voit des prêtres du Seigneur laisser « de côté l'Évangile et les prophètes pour lire des comé- « dies, réciter des idylles passionnées, apprendre Vir- « gile : ce qui est un devoir, une nécessité pour les (( enfants devient un crime pour eux à cause du plaisir « qu'ils y trouvent. »

Est-ce bien là le langage de Jérôme ? N'avait-il pas, pour bannir ses scrupules, la lettre que saint Théonas écrivait à une époque où pareille intolérance à l'endroit des auteurs païens pouvait sembler, sinon permise, du moins excusable? Le patriarche d'Alexandrie adressait aux chambellans de Dioctétien, Lucien, Gorgonius et Dorothée, ces paroles mémorables * : « L'un de vous a « reçu, dit-on, l'argent particulier du prince sous sa « garde, l'autre les vêtements et les ornements impé- « riaux, l'autre les vases précieux, un autre les livres... « De tous, celui-là doit être le plus diligent... qu'il ne « néglige point de s'instruire dans les lettres séculières, « et d'étudier les œuvres de génie des Gentils qui peu- « vent plaire au prince. Que dans ses entretiens avec lui « il loue les poètes de la grandeur de leur invention, de « l'intérêt de leurs fables ; qu'il loue les orateurs de la « propriété de leurs expressions et de leur grande élo- <( quence. Qu'il loue aussi les philosophes de leur mérite « particulier; qu'il loue les historiens qui nous racontent « la suite des événements, les mœurs de nos ancêtres et « l'origine de nos lois. »

Une autorité si grave ne devait-elle pas calmer les inquiétudes de saint Jérôme? Qu'il eût condamné une admi-

* Galland. Bibliotheca vetcrum Patrum , t. 111. Sancti Theonse episcop. Alexandr. Ep. ad Lucianum cubiculorum praepositum. Traduction de M. A. deBroglie, l'Église et l'Empire romain, part. 1, 1. 1, ch. i,p. 176.

ration trop exclusive de l'antiquité païenne, je le conçois : mais défendre expressément l'étude des anciens, interdire au nom de l'Apôtre la lecture des orateurs, des poètes, des philosophes, voilà ce qu'il est difficile d'accepter. Eh quoi ! lui qui fait si bien son procès à cette antiquité, n'ena-l-il pas une connaissance merveilleuse ? A-t-il songé à laisser dans l'oubli ceux qu'il voudrait aujourd'hui voir rentrer dans la nuit des temps ? Les poètes? mais il les connaît tous: il n'aime rien tant qu'un vers de Virgile % un souvenir d'Horace ^ pour appuyer son sentiment, animer son style, égayer sa pensée. Il parle des Alellanes"' et des vers Fescennins*, il cite les mimographes Lentulus% Philistins, Marcellus : Ennius*^ et Nœvius ^ lui prêtent leurs sentences, il emprunte des comparaisons à Lucrèce" : Térence ne lui est pas étranger% Perse '° lui fournit des traits et Ovide lui-môme a trouvé grâce à ses yeux". Je ne dis rien d'Homère ^^ ni d'Hésiode", ni des maximes qu'il leur doit; je passe sous silence Sophocle '% Euripide, dont les tragédies, il le re-

■ Voir surtout les Lett. XXXIV, XXXV, LIV, LV, LXXXIV, LXXXV,

i.xxxvn, xci.xcv, xcvi.

- Let. VI, X, XXXni, XLIIl, XLVII, L, LXXXV, XCVII.

• Ep. XXXIV, ad Nepot., t. IV, pars II, p. 257. ^ Ep. XCI, ad Ageruch., id., p. 749.

" Adv. Iluf., lib. \\,id., p. -ill.

* Ep. XXXV, ad Heliod., id., p. 273 : « Plèbes in hoc régi anteslat ioco,

Licet lacrymarc plebi, régi honeste non licct. » Ep. XCVI, ad Princ., « Utinam ne in nemore Pelio. » (Fragm. Medeœ.)

' Idem, o Pati necesse est multa mortalem mala. »

" Ep. XLlil, ad Ctesiphontem, id., p. 47G.

" Ep. XLVII, ad Furiain, id., p. 557. — Ep. XCVJ, ad Princ.

*" Idem, p. 550.

*' Ep. XCI, ad Ager., id., p. 741.

"- Ep. XXXIV, ad Nepot., id., p. 258.— Ep. XXXV, ad Heliod., id., p. 273.

'^ Ep. XXXIV, ad Nepot., id. — yirfv. Ruf.,\\b. III, t(i.,p. 471.— Ep. XCV, ad Rustic.

•* Ep. XXXIV, ad Nepot., loc. cil.

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