CHAPITRE V
vaienl mélangées aux principes les plus dangereux en malière de philosophie ; l'occasion s'est souvent offerte à saint Jérôme de les réfuter; toutefois en combattant Zenon' et Chrysippe% il rend justice à l'école; il a des éloges pour Antislhènes', il fait admirer aux moines le détachement de Cratès jetant son argent à la mer% et il propose à tous les chrétiens l'exemple de la pauvreté pratiquée par Diogène \
Les doctrines des péripatéticiens n'avaient pu lui demeurer inconnues ^ A la tôle de ces habitués du Lycée, il place Aristole, qu'il appelle le prince de la philosophie % le père de la dialectique". A côté de ces grands noms, Jérôme n'a point oublié Anaxagore% Epiménide^"; il a rappelé la science de Démocrite", l'obscurité d'Heraclite*^: il a vivement attaqué les tristes enseignements d'Epicure*^ et de ses disciples; Clitomaque, Carnéade et Posidonius " ont dans ses écrits une part presque aussi large que dans les ouvrages de Gicéron,et parmi les philosophes plus modernes, il a surtout parlé de Sénèque *% d'Apollonius'" et de Philon '^
* Ep. XXll, ad Paulam, id., p. 60.
* Adversus Ruf., lib. I, id., p. 355-385,
* Adv. Jov., lib. U, id., p. 20fi.
* Idem, p. 203.
^ Idem, p. 207.
« Ep. XLllI, adCtcsiph., id., p. i74.
' Adv. Pelagianos, id., lib. I, p. 491.
* Comment, in Ep. ad fit., t. IV, pars 1, p. 437. » Ep. XXXV, ad Hcliod., pars II, p. 2C8.
'" Comment, in Epist. ad Ephcaios, pars I, lib. III, cap v, p. 38'i.
" Ep. XXXIV, ad Nepot., pars II, p. 258.
*' Adversus Jovinianum, id., lib. I, p. 145.
** rd.,p. 191. — id., lib. II, p. 304.
" Ep. XXXV, ad Hcliod., id., p. 2G1.
*" Adv. Ruf., liv. m, p. 4C9. — De viris illunf., id., XII.
'" Ep. L, ad Paul., id., p. 5G8.
" Ep. LXXXIII, ad Mag., id., p. 655. — De viris illust., id., XI.
Que celle érudilion ne nous éblouisse pas, en nous faisant regarder Jérôme comme un grand philosophe; il n'en esl rien, ses connaissances, en pareille malière, sont fort superficielles, il a beaucoup lu, mais peu approfondi les doctrines du Lycée ou celles de l'Académie. De ce côté, il est bien devancé par saint Augustin, dont le génie, essentiellement philosophique, s'élève à l'aise et plane sans fatigue à travers les plus sublimes conceptions de Platon, pour descendre ensuite, sans rien perdre de sa puissance, aux plus subtils raisonnemenis du philosophe de Stagyre.
Devant ces témoignages, il demeure clairement démontré que saint Jérôme n'observait guère la recommantion qu'il voulait faire passer à l'état de précepte, en défendant l'étude des poêles, des philosophes et des orateurs. Chose digne de remarque après les audacieuses et imprudentes réformes tentées de nos jours dans l'enseignement, notre Dalmale ne poussait pas l'intolérance jusqu'à condamner les auteurs païens entre les mains de l'enfance; il avait compris les exigences de leur éducation, la nécessité de développer en eux l'intelligence et l'imagination, c'est pourquoi il leur permettait la lecture des anciens, qu'il proscrivait ailleurs à cause du plaisir, de la passion même que plusieurs y apportaient '. Pour expliquer cet arrêt trop sévère, rappelons-nous toujours la nature ardente, l'extrême vivacité de saint Jérôme : il a bien de la peine à dominer son caractère, à réprimer des élans qui l'emportent quelquefois au delà du but. Aussi cette défense de lire les poêles, les orateurs et les philosophes n'est elle que l'expression d'un sentiment exagéré, la plainte d'une âme exaltée, qui
' Ilieron. Damaso, de Filio prodigo, pars 1, p. 153. « Quod in pueris ncccssitalis est, crimcn in se facere voluptatis. »