‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 116 sur 236 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

bienlôl oubliera ses rigueurs pour revenir, rassise et calmée, à ces pages dont la douce harmonie a si souvcnl jjercé ses ennuis, endormi ses douleurs.

Comme loul ce qui tombait delà plume de son secrétaire, Texplication de la parabole de l'enfant prodigue, charma le pape Damase, disposé à pardonner les négligences que Jérôme accusait toujours dans ses écrits'; il continuait à les dicter aux copistes, sans pouvoir les corriger lui-même, à son grand regrel, ainsi qu'il le témoigne à tout moment. La pureté de son goût, son amour de la belle latinité, le rendaient difticile pour lui-même; il eût voulu que l'on retrouvât dans ses propres ouvrages la perfection qu'il avait étudiée et admirée dans les modèles de l'antiquité latine.

Ces petits travaux demandés par Damase étaient comme un essai des forces de Jérôme. Tel on voit un aigle, du roc où il s'est reposé, prendre son vol à travers les airs : un moment il semble demeurer immobile, se balançant majestueusenient au-dessus du vallon, puis soudain de toute la force de ses puissantes ailes, il s'élance dans les profondeurs de la nue pour planer dans les régions inondées des feux du soleil. Tel va nous apparaître Jérôme : comme autrefois le prophète de Palhmos, il s'élève dans les cieux jusqu'au trône de l'Agneau : là, en face des vingt-quatre vieillards, à la lueur des lampes mystérieuses, sous le regard des animaux symboliques, il va transcrire une copie véritable des deux Testaments, puis il essayera de lire dans la pensée de Dieu-mème, le sens caché de sa parole éternelle. Ses travaux importants sur les livres saints commencent à cette époque, il jette à ce moment les fondements assurés de l'autorité qu'il a depuis exercée dans

' llicron. Damaso, idem, p. iCO.

l'Eglise catholique. Déchirer d'une main ferme les voiles que les hérétiques avaient jetés sur la vie de Jésus-Christ, dissiper aux éclairs de son génie les nuages que l'erreur avait amoncelés autour de la doctrine du divin Maître, tel fut l'objet de la première expédition de Jérôme sur le terrain de l'exégèse.

On se servait dans toutes les Eglises d'Occident d'une version du Nouveau Testament, qui avait subi de graves altérations. L'hérésie, la mauvaise foi, l'ignorance et l'incurie* semblaient s'être liguées 4)our jeter le trouble et le désordre dans les Evangiles; on avait corrigé, dénaturé, brouillé, confondu les différents récits, de sorte que la parole divine n'offrait plus qu'un alliage de pensées humaines. Le mal était grand, puisqu'il touchait aux saints livres, il était dangereux, car il attaquait la racine même de notre foi. Damase voulut y apporter remède ; il chargea Jérôme de corriger cette version et de reviser les Evangiles d'après le texte grec. Notre saint accepta le travail et se mil à l'œuvre. Courage, patience, soins minutieux, il n'épargna rien. Aristarque n'avait l)as apporté une attention plus scrupuleuse aux corrections qu'il fit subir aux poèmes d'Homère. Les suppressions, les interpolations, les variantes, furent étudiées et discutées; Jérôme fil tout passer au flambeau de sa critique, laissant brûler ce qui lui paraissait de mauvais aloi, rétablissant ce qui avait été effacé, corrigeant ce qui lui semblait avoir été changé, si bien qu'il réussit à donner une version des Évangiles très-exacte et parfaitement en rapport avec le texte grec. La dédicace de son

' Prefat. Hieron. in quatuor Evangelia ad Damasum, t. I, p. 1420. « Ad Giœcani originem reveitentcs, ca qiiœ vel a vitiosis interpretibus édita, vel a pra?sumptoribus imperitis emendala pcrversius, vel a lihrariis dormilantibus addita sunt aut mutata, corrigimus. »

Page 1