‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 117 sur 236 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

œuvre fut un hommage qu'il offrit au pape Damase, avec la traduction des canons d'Eusèbe de Césarée'.

Cette version était nécessaire et d'autant plus utile, qu'il s'agissait du livre le plus important des saintes Écritures. Mais après l'Evangile, que l'on voit entre les mains de tous les chrétiens, il y aies Psaumes qui sont sur les lèvres de tous les fidèles. Cette poésie du Roi-prophète n'offre-t-elle pas à l'âme de célestes accents pour exprimer ses sentiments, la douleur et la joie, la crainte et l'espérance, la confiance et le repentira La profondeur des pensées y saisit l'intelligence, la variété des couleurs charme l'imagination, le cœur se sent pénétré des plus douces et aussi des plus terribles émotions. Ces beautés sans nombre n'ont pas échappé aux poètes qui font la gloire de notre littérature : parmi eux Malherbe, Racine et Rousseau, en s'efforçant d'enrichir notre langue de ces nouveaux trésors, méritèrent d'y trouver la source de leurs plus belles inspirations. Avant nous, les Latins avaient admiré ces chants, Jérôme voulut en donner, sur le texte des Septante, une traduction pour corriger l'ancienne italique ^ Il pressa un peu celte version, que l'on désigna sous le nom de Psautier latin ; elle est encore en usage au Vatican, mais le peuple ne l'accepta point; enchaîné par l'habitude, il continua à lire ou à chanter les Psaumes dans l'ancienne italique.

Jérôme n'avait entrepris ces travaux périlleux et ingrats qu'à la prière de Damase; malgré ce haut patronage, ils n'eurent pas le bonheur de plaire à tous ceux qui dans

' Ces canons sont une sorte de concordance en dix tables drossées par Eusèbc à l'imitation de celles d'Annnonius d'Alexandrie, pour montrer ce qui est propre à chaque évangélistc et ce qui leur est commun.

« Si gémit psalmus, gemite ; si oral, oratc ; si gratulatur, gaudete ; si sperat, sperate; si timet, timete. » (S. Augustin, in ps. xxx.)

* Prefatio in Psalvios, 1. 1, p. 1222.

Rome pouvaient êlre appelés à les apprécier. Aucuns se monlrèrenl indignés de l'audace du critique: à leurs yeux, c'était presque un nouvel Héliodore, ils auraient demandé à Dieu d'envoyer un ange pour fustiger cet autre profanateur. Oser touchera la sainte Écriture, quel crime! Qu'importait à leurs yeux que ce fût pour la corriger et non plus pour la dénaturer, pour obéir au souverain pontife, et non poursuivre une intention personnelle? On portait atteinte à une chose consacrée par le lemps, dès lors le forfait n'était-il pas irrémissible? Ces hommes existaient déjà du temps d'Horace*, l'espèce ne s'en est point perdue : partisans outrés de l'antiquité , admirateurs aveugles des ouvrages informes et grossiers, mais mar- ([ués au coin du nom delà sibylle ou du cachet de Numa, ils ressemblent aux oiseaux de nuit qui hantent les ruines et redoutent la lumière. Leurs voix discordantes ne causèrent aucune surprise à Jérôme; il s'y altendail, car il écrivait à Damasc en lui adressant sa version des Evangiles^ : « Savant ou ignorant, quiconque prendra ce « livre et s'apercevra que le contenu diffère de ce qu'on u lui servait jusqu'ici, jettera soudain les hauts cris, <( m'appellera faussaire, sacrilège, moi qui ose ajouter, « changer, corriger quelque chose à des livres anciens. « Je me console de ces injustes clameurs parce que c'est « vous , souverain pontife , qui m'avez ordonné de le « faire, ensuite le tém.oignage de ces détracteurs prouve « que la vérité ne peut se trouver où il y a tant de va- « riété : en effet, s'il faut s'en tenir au texte latin, quel

* Horace, épit. 1, liv. 11, v. 48 et suiv.

Qui redit ad fastos et virtulem œslimat aniiis, Miraturque nihll, nisi quod Libitina sacravit.

- Prœfat.in quatuor Evang. ad Damasuin, t. 1, p. l'iSG.

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