‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 119 sur 236 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

envoyé avec cinq questions, qu'il le priait de résoudre nettement et longuement \ Notre saint fil aussitôt venii son copiste : ils se préparaient l'un à dicter, l'autre à écrire la réponse, quand survint tout à coup un Juif qui apportait à Jérôme quelques livres empruntés à la synagogue: il fallut laisser de côté la lettre commencée, et lire ces livres en toute hâte, carie Juif, craignant d'être surpris, exigea qu'ils lui fussent remis dans le plus bref délai ^ Telle fut Ja cause qui mit en retard la réponse de Jérôme: elle n'arriva au pape que le lendemain, et encore ne contenait-elle que la solution de trois questions, parce que Tertullien, Novatien et Origène avaient déjà traité les deux premières, l'une sur la distinction des animaux purs et impurs, l'autre touchant la circoncision dans la loi mosaïque. Cette lettre est encore une sorte de commentaire pour expliquer, par la comparaison du texte hébreu, et par le rapprochement de passages semblables, que celui qui tuerait Gain accomplirait sept vengeances, c'est-à-dire mettrait fin au terrible châtiment infligé par Dieu au meurtrier d'Abel.

Jérôme prouvait ensuite, parle calcul des généalogies de Lévi et de Juda, que les enfants d'Israël étaient bien sortis d'Egypte à la quatrième et cinquième génération. Enfin, il montrait par différents exemples que les saints de l'Ancien Testament savaient seulement ce qu'il plaisait à Dieu de leur révéler, et que, par conséquent, il ne fallait pas s'étonner de l'erreur d'Isaac bénissant Jacob à la place d'Esaii. La fin de la lettre est une longue citation empruntée à saint Hippolyte pour donner le sens de cette pieuse allégorie, qui présente Dieu le Père sous le nom d'Isaac, Jésus-Christ ou l'Église, sous les traits de

' Damasus ad hieron., td., p. 561.

* Hieron. ad Damasum, id., p. 562.

Jacob; Rébccca csl la figure du Sainl-Espril, Esaiile lype du peuple juif.

Jérôme eut bientôt une nouvelle occasion d'offrir à Damase d'abord, aux fidèles ensuite, un travail plus sérieux et plus intéressant. A Antioche, il avait déjà marqué sa place parmi les défenseurs de la foi, en soutenant le parti de la vérité contre les Lucifériens : à Rome, il reprit les armes pour combattre de nouveau l'erreur dans le chanij) clos de la discussion. Jamais cbevalier ne sentit dans un tournoi son cœur brûler d'une plus généreuse ardeur, au son de la trompette, ou bien au signal du bouclier suspendu à la porte de sa tente, retentissant sous la lance d'un adversaire; jamais sans doute Jérôme ne dut répéter avec plus d'enthousiasme la parole du prophète roi ' : « Béni soit le Dieu qui m'a formé à la guerre et qui a « enseigné à mes mains l'art des combats! » Pouvait-il souhaiter une cause plus belle, une mission plus haute? Il devenait le tenant de la sainte Vierge, le champion de la plus doulce et de la plus parfaicte des dames, comme l'appelaient nos pères, car Marie était attaquée dans sa virginité par un misérable qui tentait de flétrir, de son souffle impur, la blanche couronne assurée déjà sur le front de la Mère de Dieu, par la vénération de quatre siècles. C'était la première fois qu'en Occident le serpent infernal redressait sa lôte pour blesser au talon le pied qui l'avait écrasé. Afin d'accomplir cette œuvre ténébreuse, le démon revêtit la forme d'Helvidius : c'était un arien, disciple d'Auxence% grossier, turbulent, ignorant et ignoré; nouvel Erostrate, pour sortir de son obscurité, il voulut incendier le temple que dans leur piété filiale, les chrétiens avaient élevé à la virginité de Marie.

' Psaume oxlv, i.

* Adr&rtvs Ilclvidiuw, t IV, pars II, p. 129.

Page 1