‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 12 sur 236 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

un jour entier et qui frappèrent si vivement sa jeune imagination, que, soixante ans après, en y songeant, un sourire venait encore solliciter sa lèvre desséchée. C'étaient là les jours sans nuages qui ne luisent que sur un berceau et qui s'évanouissent sitôt pour ne plus revenir. Jérôme était alors sur le seuil de la vie. A peine eut-il pris son vol, libre de toute contrainte, semblable à l'oiseau qui tend ses ailes à la brise dont le souffle l'emporte de toutes parts, qu'il se vit tout à coup réduire en captivité. L'âge d'étudier était venu le surprendre, et, des bras de son aïeule, on le traîna vers un dur Orbilius ^ Ce nom est comme un point noir qui apparaît à l'horizon de ses jeunes années; le précepteur de saint Jérôme rappelle le vieux maître d'Horace ^ : le chantre de ïibur et l'ermite de Bethléem semblent tous deux avoir conservé de leurs premières leçons un souvenir assez triste; chacun d'eux n'est pas sans avoir gardé au fond du cœur quelque rancune à son Orbilius pour ses manières un peu rudes d'aider à la mémoire et de stimuler la paresse des élèves. Ce fut à celte école que Jérôme sentit son intelligence s'ouvrir aux premières clartés de la science; mais le besoin d'une lumière plus éclatante amena bientôt pour lui le moment d'aller audevant d'une instruction plus distinguée. Il quitta donc les lieux témoins de ses joyeux ébats, il dit adieu à cette terre barbare qu'il ne devait plus revoir qu'en passant, et il prit la roule de la ville aux sept collines. Bonosus était encore à ses côtés pour l'accompagner à Borne.

' Idem.

» Horace, liv. II.Épit. I, v. 70.

Saint Jérôme à Rome.

Rome! quel prestige dans ce nom, quels souvenirs il réveille, à quelles impressions ne devait-il pas livrer l'âme ardente du jeune Dalmate ! Pour moi, quand il retentit à mon oreille ou quand il se présente à ma vue, je ne sais, mais il me semble que le génie de l'empire s'empare de moi, et me transporte sur le sommet du Capitole pour contempler les étranges choses qui se sont accomplies autour de cet immortel monument de la grandeur romaine. Semblable au prophète Ézéchiel, Jérôme se trouva tout à coup devant cette vaste enceinte qui se déroule sur les bords du Tibre, un souffle d'en haut vint ranimer les cendres que trente générations y ont accumulées, et faire revivre les pages que l'histoire a tracées de son ineffaçable burin. Historien, Jérôme devait, plus tard, résumer les grands traits de ces pages immortelles, et attacher lui-même quelques feuillets aux annales du peuple roi. En attendant, il vit dans une sorte de vision ce qu'il devait traduire dans la Chronique d'Eusèbe, il vil se dresser devant lui les ombres de ces rois qui avaient fondé, affermi, développé la monarchie romaine. Puis, le vent de la liberté relève ces têtes courbées sous le joug d'un seul, la république est proclamée, le soin des affaires et les intérêts de l'Etat passent entre les mains des consuls, des dictateurs, entre celles des tribuns, des censeurs, des édiles et des questeurs. Çà et là, il admire les magnifiques splendeurs des pompes

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