‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 121 sur 236 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« lion, pour faire croire à une souillure contractée. « Nous n'en rougissons point, tout cela ne nous ferme u pas la bouche. Plus il s'est humilié, plus il a souffert « pour moi, plus je lui dois de reconnaissance. Et quand u vous aurez tout dit, il restera encore la croix, le der- « nier des outrages. Et pourtant nous l'acceptons, cette (( croix, nous y croyons, nous y tenons, car elle est pour « nous le signe de la victoire. » Le débat se termine par un tableau de mœurs qui offre une peinture curieuse des embarras du mariage, nous aurons occasion de la présenter ailleurs.

Ce traité nous a vraiment intéressés : la discussion est simple, nette, précise; la marche de la composition n'est pas embarrassée par des incidents inuliles; le stylées vif, entraînant, relevé par une pointe de raillerie qui ne sent ni l'aigreur, ni l'amertume. L'auteur s'est accusé d'avoir encore fait un peu de rhétorique et de déclamation'; cette fois nous lui passons condamnation, vu la légèreté de la faute, et nous tenons cet ouvrage pour l'un des meilleurs de Jérôme. Il a dû l'écrire de sa propre main ; le latin est digne de lui et de sa réputation ; car notre Saint mérite, sous le rapport de la langue, d'être regardé comme le plus distingué des Pères de l'Eglise d'Occident. La pureté, la correction de ce traité attestent, de la part de l'auteur, une attention particulière, que nous ne pouvons ni retrouver, ni même demander dans la plupart de ses ouvrages, puisqu'il dictait habituellement, et, comme il a soin de le répéter sans cesse, probablement atin de désarmer la critique ou de la rendre moins sévère ^ : « Une page ne peut être par-

' Adversus Heh., idem, p. H3. « RhetoricaU sumus, et in morem declamatorum paululum lusimus. » * llieron. ad Damas., de Filio prodigo, t. IV, pars 1, p. 160. — « Saepe

« faite, si l'auleur lui-même ne l'a polie de sa propre « main. »

Saint Jérôme et les dames romaines.

Le nom de Jérôme devenait célèbre, sa réputation grandissait sur les bords du Tibre; sur les sept collines, il n'était bruit que de sa science, on admirait sa vertu, sa sainteté; car il n'avait rien cbangé dans ses habitudes de Chalcis, et l'austérité de sa vie rappelait un émule de saint Paul, un disciple des Pères du désert. Tous étaient témoins de l'affection que le pape lui témoignait, de la confiance qu'il laissait voir aux lumières de son secrétaire. Damase avait soixante-quinze ans, aussi chacun regardait déjà Jérôme comme son successeur sur la chaire de Saint-Pierre \ Notre saint docteur ne tarda pas à conquérir ainsi dans Rome une véritable souveraineté ; il eut une cour, des sujets; son action se (it d'abord sentir dans l'Eglise, puis elle s'étendit sur la société par les relations intimes qui soumirent à cette in- (luence les plus illustres Romaines. Il ne faut pas s'étonner de l'empressement avec lequel ces grandes dames recherchèrent les inspirations de Jérôme; il suffit de rappeler ce que le christianisme a fait pour la femme. L'ermite de Chalcis apparaissait soudain comme le mandataire de cette religion, il l'avait étudiée dans les livres

causati sumiis cxpoliri non possc sermonom, nisi qiicm propria nianus limavcrit. »

' Ep. XXVni ad Ascllam, t. IV, pars H, p. CG.

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