CHAPITRE V
qui en contiennent les premières maximes, sous le ciel qui la vit naître et se développer, aux lieux où les fidèles prirent pour la première fois le nom de chrétiens. Il vit donc se serrer autour de lui ces fiôres patriciennes, ardentes de foi et d'espérance; elles se sentaient à l'aise à l'ombre de la croix, et désirèrent scruter les profondeurs de la révélation qui venait ainsi briser les liens de la femme, la rétablir à son rang, en faire l'amie, la compagne de l'homme, et non plus son esclave. Dans les élans enthousiastes de leur reconnaissance pour ces bienfaits, elles crurent que le plus beau destin pour elles était de se donner sans partage à la nouvelle religion, et de sacrifier à l'accomplissement de ses maximes leur rang, leur vie, leur fortune. Chez elles l'amour et le dévoûment allaient ensemble; elles avaient le courage inébranlable de celui-ci, la force invincible de celui-là. La femme n'a-t-elle pas toujours eu dans ces deux sentiments le secret de sa puissance et de sa grandeur? Les dames romaines en firent hommage à Dieu entre les mains de saint Jérôme; de là celte radieuse pléiade qui brilla bientôt autour de lui, empruntant à ce foyer la chaleur et la lumière qu'elles allaient ensuite faire rayonner dans le sanctuaire de leurs familles'.
Elles entraient ainsi pleinement dans les vues de la Providence sur la régénération de la société; après avoir abusé de son empire pour causer la ruine du genre humain, la femme devait user de son influence pour le restaurer; mais en face de cette magnifique œuvre, désormais son partage et l'objet de sa destinée, au sortir du paganisme, elle apparaissait faible, timide, car elle se souvenait de ses fers de la veille, indécise, en pensant
* Quelques-unes de ces considérations ont heureusement inspire M. Ozanam parlant de saint Jérftme dans la Ciriiixatinv an v" xièclp, t. H.
qu'hier encore elle n'était comptée pour rien. Il appartenait à Jérôme de dissiper ses incertitudes, d'affermir ses pas chancelants, de lui tracer la voie, de la prendre par la main, et de la diriger vers l'accomplissement de sa sublime mission. Il le fit, et les femmes qu'il conduisit au but s'appelaient Paula, Marcella, Asella, Fabiola; elles étaient du sang des Fabius, des Paul -Emile, des Césars, marquées pour ainsi dire par un choix spécial, afin que leur sacrifice fût sans contrainte, leur influence sans limites. Aussi personne ne pourrait dire les conséquences de ce grand acte de la vie de notre saini, nul ne saurait définir les suites de son ascendant sur la société au IV' siècle.
Dieu qui ne fait rien à la légère, dit Bossuet, semblait avoir prédestiné Jérôme à exercer cette action : son ame ardente, capable de sentir, de partager tout ce qui est beau et grand, sa vaste science prête à éclairer tous les doutes et à montrer la vérité dans sa splendeur, sa vie aventureuse, son austérité empreinte d'un cachet mystérieux qui faisait songer aux déserts de la Thébaïde, et, faut-il le dire, ses anciennes faiblesses qu'il ne cachait pas et qui décelaient un cœur humain environné d'infirmités, disposé à y compatir, enfin, les rudes pénitences qu'il s'était imposées pour dompter ses passions et qui couronnaient déjà son front de l'auréole des saints, tout cela assurait l'empire de Jérôme sur l'âme sensible, sur l'esprit enthousiaste des dames appelées à mettre en pratique ses sublimes enseignements. La poésie ajoutait encore pour les captiver d'irrésistibles séductions, car elles voulaient connaître les Livres saints. Il y a dans ces pages sacrées un parfum de foi, un sentiment d'amour, un je ne sais quoi qui fait rêver aux chants des saints dans le ciel, aux choeurs des anges aux pieds de