‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 125 sur 236 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Paulaet Eustochium chatitaienl les psaumes en hébreu', que Maicella, après le départ de saint Jérôme, voyait recourir à son autorité pour juger les débats, quand il s'élevait une discussion sur un texte de la sainte Écriture '\

Les racines grecques et les conjugaisons hébraïques n'absorbaient pas entièrement l'attention des interlocuteurs; pour rompre la monotonie, on variait l'intérêt par des questions touchant à différents sujets. Aujourd'hui on demandait à Jérôme l'explication des différents noms qui sont donnés à Dieu dans les livres sacrés *; le lendemain, il devait marquer le sens de certaines expressions hébraïques conservées dans le texte grec *. Un autre jour, le mot diapsalma avait besoin d'un commentaire % ou bien il fallait une longue lettre pour décrire et définir VEphod et les Théraphim'; enfin, on avait rencontré, chemin faisant, à travers les saints livres, une expression ^ que les commentateurs interprétaient d'une façon peu satisfaisante; aussitôt on interrogeait Jérôme pour en savoir le sens rigoureux.

Les réponses s'adressaient le plus souvent à Marcella, car c'était elle d'ordinaire qui proposait les objections; mais on ne la voyait pas jurer au nom du maître à la façon des disciples d'Arislote; une opinion toute faite ne la touchait guère", « elle examinait tout, dit-il, et pesait « chaque chose avec sagacité, de telle sorte que je sen-

' Ep. LXXXVl, ad Eustoch., t. IV, pars 11, p. 686.

'•' Ep. X(4VI,'ad Piincipiam, id., p. "81.

" Ep. Hieron. ad Marcellam, t. II, p. 70;j.

* Idem, p. 705.

» Idem, Y). 706.

" tdem, p. 611.

' Id. De aliquot locis psalmi oXxvi, p. 711.

' Comment in Epist. ad Galatas. Prvefat., t. IV, pars I, p. 222.

« tais avoir aflaire à un juge plulùl qu'à un élève'. » Un certain Novatianus avait enseigné des doctrines d'une désolante sévérité contre les chrétiens apostats : leur faute, selon cet hérétique, n'était autre que le péché contre le Saint-Esprit, déclaré irrémissible dans l'Evangile. Marcella interrogea Jérôme à ce sujet ; il était en compagnie de quelques amis, ses anciens compagnons d'études, Pammachius, Océanus, Gaudentius et aulres, lorsque le messager arriva-. Notre saint les quitta un moment pour répondre sur-le-champ aux questions qui lui étaient adressées ; il pensait que les paroles de l'Evangile devaient seulement s'appliquer à ceux qui par malice, et non par ignorance, attribuent au démon les œuvres accomplies par l'esprit de Dieu.

Toujours avide de s'instruire dans les choses saintes, Marcella lui demanda un jour les commentaires que lihélicius, évoque d'Autun, avait composés sur le Cantique des cantiques. Jérôme ne les lui donna point, à cause des inexactitudes que l'on était étonné de rencontrer en si grand nombre dans un ouvrage bien composé d'ailleurs, et remarquable par l'abondance et la majesté du style' : « N'allez pas, dit-il, m'alléguer que je les ai pré- « tés à d'autres, je vous répondrais : Les mêmes aliments « ne conviennent pas à tout le monde. »

Tant de qualités, tant de science et de vertu ne manquèrent pas d'ajouter à la réputation de la jeune veuve; des hérétiques, escomptant déjà son ascendant à leur l)rofit, entreprirent de la gagner à leurs erreurs. Un disciple de Montan lui présenta les divers passages où saint Jean parle du Paraclel, pour l'engager dans l'erreur qui

' Lkel tu argute prcccaveris, dit-il ailleurs, en répondant à ses objections.

' Ep. llicron. ad Marcel., adversus Novat., id., p. ICi.

» Ep. Hieron. ad Marcel., de Comment. Ithelim, t. II, p. 024.

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