CHAPITRE V
qui voulut, par un surcroît de tendresse, voir toujours à ses côtés l'enfant qu'elle avait eu l'attention de faire élever sous ses yeux, dans sa chambre \
Dès que Paula eut offert à Dieu l'hommage de sa viduité, elle se livra à la pratique des vertus que nous avons admirées dans Marcella , Léa et Asella ; l'humilité, la mortification, la retraite, la charité, n'eurent point d'actes trop héroïques pour sa généreuse ardeur *. Saint Epiphane et saint Paulin, pendant leur séjour à Rome, l'avaient encore affermie par leurs entreliens dans la voie où elle suivait Marcella. Jérôme la trouva déjà fort avancée en perfection, il ne lui restait qu'à terminer le couronnement d'un édifice qui reposait sur des fondements assurés. Il n'eut pas besoin de stimuler la vertu de Paula, il dut au contraire la modérer et mettre une limite à ses largesses' . « Je laisse à mes « enfants, répondait-elle à ces observations, un héritage u bien plus grand, la miséricorde de Jésus-Christ. » Gomme Marcella, Paula ne comprenait pas la vertu sans la science, l'étude était une de ses plus douces occupalions; saint Jérôme avait aussi mission d'éclairer ses doutes, de répondre à ses questions, témoin ce jour où il lui présentait en résumé toute la morale chrétienne dans le psaume cxviii, et qu'elle lui demanda tout à coup l'explication des lettres hébraïques insérées dans le textes Cependant le désir de s'instruire, l'amour de la solitude, l'esprit de pénitence, tout cela disparaît, ou pour mieux dire, tout cela dans Paula emprunte à sa charité un merveilleux éclat : Jérôme rappelle sans cesse
* Ep. XCVI, ad Principiam, id., p. 780.
* Ep. LXXXVI, ad Eust., Epitaphium Paulae, passira. » Idem, p. 67t.
* Ep. Hieronymi ad Paulam, t. 11, p. 708.
564 LES VOYAGES DE SAINT JÉRÔxME,
les libéralités qui la signalaient aux bénédictions des pauvres et des malades, et pour acbever le portrait de la mère d'Eustochium, il s'écrie' : « Elle eût voulu « mourir en mendiante, ne pas laisser à sa fille la plus « légère obole, et morte, être ensevelie dans un suaire « emprunté. » La gloire de ces grands sacrifices revenait en partie à notre saint, car c'est lui qui les inspirait, el tous le reconnaissaient pour le moteur secret de ces généreux dévoûments ^ « N'était-ce pas un admirable « spectacle, nous dit M. Villemain dans son magnifique <( langage, que les béritiers des noms les plus glorieux de « Rome idolâtre se consacrant aux œuvres de charité, <' comme si, par une digne inspiration, la Providence « eût voulu faire sortir les plus humbles consolatrices de (( l'humanité du milieu de ces familles dont la gloire « avait opprimé le monde ! » Jérôme nous apparaît comme Vincent de Paul au milieu des grandes dames du siècle de Louis XIV, quand il leur apprenait à secourir les pauvres, à prendre pitié des vieillards, à ne pas abandonner les orphelins : notre saint n'enseignait pas autre chose ; sous ses auspices, les filles des Scipion, des Marcellus, des Camille, se transformèrent en sœurs de charité ^ « Elles firent voir au monde une vertu nou- « velle que la civilisation profane ne soupçonnait pas, « et dont l'héroïsme donne réellement aux femmes ce je « ne sais quoi de divin, que les barbares de Germanie « croyaient reconnaître dans leurs voix et dans leurs « regards. »
Paula n'était pas seule dans sa famille à suivre les leçons de Jérôme ; deux de ses filles, Eustochium et
« Ep. LXXXVl, ad Eustoch., f. IV, p. G18.
* Villemain, Tableau de l'éloquence chrét. Saint Jérôme.
' Idem.