CHAPITRE V
Blésilla furent aussi dirigéespar lui. Blésilla avait épousé un descendant de Camille, et nous voyons encore se rattacher à la vie de notre Dalmale un des noms les plus illustres dans l'histoire de la république. Veuve après sept mois de mariage, d'abord elle n'imita point Marcella, et s'écarta loin des traces de sa mère : les plaisirs du monde la retinrent captive, son cœur se prità l'amour de la parure, au vain étalage de sa fortune opulente'. Tout à coup elle tomba malade : cette leçon jointe à l'exemple de sa sœur Eustochium et aux enseignements de Paula, la lit rentrer en elle-même et amena sa conversion. Elle oublia tout, plaisirs, honneurs, richesses, pour la pauvreté, le jeûne et la retraite ; versée dans la connaissance du grec, au point de donner à penser qu'elle ignorait la langue latine, elle se mit à apprendre l'hébreu^; ainsi, l'on a vu chez nous madame de Longueville, revenue des élourderies de sa jeunesse et des entraînements de la Fronde, se livrer à l'étude du latin \ Blésilla trouva des censeurs, mais en dépit des railleries du monde et des reproches de sa famille, elle persévéra, grâce à l'appui de Jérôme, dans le nouveau genre de vie qu'elle avait embrassé; la joie du saint Docteur fut si grande, qu'il écrivit aussitôt à Marcella pour lui raconler comment Blésilla s'était convertie '. Deson côté, il ne négligeait aucun des moyens qui pouvaient servir à la plus grande édification de sa nouvelle enfant : il lui lisait, dans rEcclésiaste,lasublime confession d'un grand roi reconnaissant la vanité des choses de la terre ; puis, sur sa demande, il lui promit une explication détaillée
' Kp. XIX, adManellam, t. IV, p. 60.
'^ Kp. \XII, ad Paulam, id., p. M.
■■' Cousin, Madame di' l.nngnerilli', t. 11.
' Rp. XIX, ad Marcellam, de .Emotalione Itlesillir.f. IX, p. 49.
des difficultés qu'ils avaient rencontrées dans cette lecture. Avant que Jérôme eût mis la main à l'œuvre, la mort vint enlever celle qui, la première, devait en recueillir les fruits : Blésilla fut prise d'une fièvre lente qui consuma sa vie; elle mourut doucement, comme une lampe qui s'éteint'. « Priez, disait-elle à ceux qui l'as- <( sistaient à ses derniers moments, priez le Seigneur « Jésus de me pardonner, car je n'ai pu accomplir ce « que je voulais. » A quoi songeait donc la fille de Paula? Quels sacrifices, quels prodiges de mortification avait-elle rêvés? Qu'avait-elle senti là , lorsque, comme André Ghénier posant la main à son front, la jeune pénitente comprit qu'elle allait mourir?
On fit à Blésilla de magnifiques obsèques : la douleur brisa l'âme de Paula, la nature l'emporta sur la vertu, elle tomba en défaillance. Le spectacle de cette mère que l'on emportait à demi morte du convoi de sa fille, irrita la foule contré les moines, que l'on accusait, dans une aveugle colère, de violenter les âmes et de contraindre les vocations \ ulls ont séduit cette malheureuse « matrone, s'écriait-on ; ce qui prouve assez qu'elle se « souciait peu de la vie monastique, c'est que jamais « femme, parmi les païens, ne pleura autant ses en- « fants. » Ces murmures et ces reproches s'adressaient tout d'abord à Jérôme, il avait converti la fille, il était le directeur de la mère; et cependant, pas un ne fut plus sensible que lui à la perte de Blésilla, mais il n'était pas de ceux qui pleurent parce qu'ils n'ont plus d'espérance au delà du tombeau. Pour charmer sa douleur et consoler Paula, il écrivit à cette mère éplorée une magnifique oraison funèbre de sa fille ; lettre admirable, modèle
* Ep. XXU, ad Paulara, id., p. 64.
* Idem, p.