‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 132 sur 236 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mandaient des soins plus assidus, comme ces fleurs fraîchement transplantées à qui l'on ménage un soleil moins ardent, une température plus douce, une terre mieux préparée. D'autres suivirent cet exemple, et plusieurs palais se fermèrent au plaisir, comme celui de Marcella, pour devenir des maisons de pénitence. Des vierges menaient dans Rome même, au sein de leurs familles, au milieu du monde, la vie recueillie et mortifiée des anachorètes : plusieurs se retirèrent dans leurs villas changées en monastères, et l'on vit ainsi se former autour du Capitole une sorte de Thébaïde peuplée par les filles des anciens triomphateurs'. A ce moment, des aspiralions inconnues troublaient les cœurs, il y avait dans l'atmosphère je ne sais quel air qui soufflait vers la solitude. Jérôme se fit l'interprète de ce sentiment commun dans une lettre qu'il écrivit alors à Marcella : c'est une charmante églogue, un délicieux projet d'idylle, où la sensibilité de Virgile vient animer les rêves d'Horace, quand celui-ci chantait ^ :

0 rus, quando ego le adspiciam ! quandoque licebil Nunc vcterum libris, nunc somno et inerlibus horis, Ducere soUicitîB jucunda oblivia vitre !

« Maintenant, puisque nous le pouvons, dit notre

^ Ces faits sont encore confirmés par les curieuses découvertes de M. le chevalier de Rossi. Après avoir reproduit et expliqué différentes inscriptions qu'il vient de déterrer h Rome, le savant archéologue ajoute : « En somme, il « est indubitable que vers la moitié du iv* siècle, ou peu après, ont commencé « à Rome des communautés de vierges et de veuves à la manière des monas- « tères; et par conséquent, il est fort vraisemblable que le groupe des vierges « sacrées du iV et du V siècle, mentionnées sur les monuments de ï'Agro « Verano, appartienne à un de ces couvents primitifs de l'Église romaine. Je « voudrais bien pouvoir conjecturer que nos inscriptions se rapportent aux « compagnes et aux élèves de S. Marcella elle-même, mais aucun indice ne « vient aider cette conjecture. » {Bulletin d'archéologie chrétienne, 1" année, p. 77 et 93.)

Satires, iiv. II, VI, v. 00.

« saints relirons-nous à la campagne comme dans un « port assuré contre les orages. Là, un pain grossier, « des légumes que nos mains auront arrosés, un lait « délicieux nous fourniront une nourriture sans apprêt, « il est vrai, mais aussi sans danger. A ce régime, le u sommeil ne viendra pas interrompre notre méditation, u la satiété ne nous empêchera pas de travailler. Pen- « dant l'été, un arbre touffu nous prêtera son ombre ; « pendant l'automne, la température elle-même et la a terre jonchée de feuilles nous inviteront au repos ; « au printemps, les champs sont émaillés de fleurs, les « oiseaux se font entendre; parmi leurs chants, nos « psaumes retentiront avec plus de douceur et d'har- « monie ; en hiver, par la glace et la neige, sans acheter « de bois, je veillerai ou je dormirai plus à l'abri du « froid. Ce qu'il y a de certain, c'est que je n'en souf- « frirai pas davantage. ^)

A ces accents, on reconnaît la voix qui, du désert de Chalcis, célébrait autrefois les délices de la solitude pour y entraîner Héliodore^; on devine que le séjour de Rome commençait à peser à notre ermite, il lui tardait aussi de tendre son âme à la brise qui pourrait l'emporter vers une terre plus calme et plus fortunée.

Cette fuite du monde, ce retour à la vie des champs ne sont pas choses nouvelles sous les cieux : on les voit se manifester et revenir à certaines époques, la littérature en fait foi, elle n'est que l'expression de la société. Le monachisme offre une preuve plus frappante encore de cet amour de la retraite, il n'a jamais été plus florissant qu'aux temps semblables à ceux où l'on vil briller le genre pastoral. Sous les successeurs d'Alexandre,

' Ep. XLV, ad Marcellam, t. IV, p. i63. * Ep. V, ad Heliod., id., p. G.

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