CHAPITRE V
Longueville*, de la Sablière ^ trouvèrent dans le cloître ou dans la solitude un abri contre leur passé, un port de salut pour l'avenir. La virginité, le veuvage, l'étude, le repentir les entraînèrent dans ces voies, et l'inspiration qui anime les poètes du genre pastoral devint chez elles un effet mystérieux et tout-puissant de la grâce; la pensée reste la même, ceux-ci se sont contentés de la traduire en vers, celles-là l'ont mise en pratique. Ces femmes avaient l'enthousiasme des poètes; elles eurent le courage des héros, parce qu'elles se sentaient au cœur l'amour qui fait les saints , elles ont donné à Lamartine raison de dire que l'héroïsme, l'amour et la poésie sont de même race.
Au souvenir de ce qui s'est passé en France, nous avons mieux compris cette espèce de révolution opérée par saint Jérôme dans la capitale de l'empire romain. Le peuple ne se trompait pas quand il l'accusait d'être, en grande partie, l'auteur de cet entraînement vers la solitude ; n'arrivait-il pas du berceau du monachisme, du pays où se lève le soleil ? Il jeta l'étincelle et alluma l'incendie en Occident, redisant après le divin Maître : Ignem veni miltere in terram, quid volo nisi ut accendatur?
' Cousin, Madame de Longucville, t. II.
* Wai.cknaer, Études sur La tontaine, t. II, p. -39.
27S LES VOYAGES DE SAINT JÉrAmE.
L'Église et la. société romaime d'aiDrès saint Jérôme.
« Chaque fois que je me suis mêlé aux hommes, dit Sénèque, j'en suis revenu moins parfait'. » Ces paroles convenaient mieux à Timon qu'au précepteur et au ministre de Néron : mais je ne sais s'il ne faut pas y voir une boutade échappée à Sénèque, dans un moment de misanthropie, plutôt que l'expression d'une opinion bien arrêtée. Peut-être Je stoïcien fuyant le commerce des hommes avait-il peur d'y laisser tomber le masque de sa philosophie, et de faire voir que ses actions n'étaient pas toujours en accord avec ses maximes. Notre saint n'avait pas, pour adopter ce sentiment, les raisons du philosophe de Cordoue, il eût été plus volontiers de l'avis de Vauvenargues écrivant que la familiarité est l'apprentissage des esprits; c'est pourquoi il ne songea nullement à mener la vie d'anachorète au milieu de la ville éternelle, et loin de vouloir rester étranger aux choses d'ici- bas, il parut en observateur, quelquefois en censeur de celte société qui l'environnait. Mêlé aux hommes, qu'ils soient du monde ou qu'ils appartiennent à l'Église, Jérôme étudia le caractère, les moeurs de son époque, et s'il a loué la vertu, il n'a pas craint d'élever la voix pour blâmer les vices.
' Si^NÈQCi:, op. VU ad Lucilium.