‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 135 sur 236 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'univers offrait à ce moment un théâtre digne d'arrêter l'attention des plus indifférents: jamais peut-être spectacle plus étrange ne s'offrit aux regards, jamais drame plus saisissant ne se joua sur la scène de l'empire romain, et, après bien des péripéties, on touchait au dénoûment*. Depuis longtemps, deux sociétés se trouvaient aux prises, deux religions en lulte, deux esprits en guerre ouverte, le combat allait finir, il ne restait qu'à couronner le vainqueur. Constantin avait arboré le Labarum, la croix brilla bientôt au sommet du Capilole^; elle poursuivit sa course triomphale à travers les provinces, les armées marchèrent à l'ennemi sous ce signe désormais vénéré, et la victoire ne s'étonna pas de déserter les vieux drapeaux, pour se ranger sous le nouvel étendard. L'Église put alors prendre possession ouverte de la terre, et sûre du présent, elle songea à l'avenir. A l'exemple de Rome païenne, elle avait commencé par faire de l'histoire avant de savoir l'écrire; mais quand le ciel l'eut vengée de ses ennemis, alors la renommée aux cent bouches célébra, malgré quelques voix discordantes, les merveilles du christianisme.

Au sortir des catacombes, il apparaissait comme un pouvoir victorieux, dans tout l'éclat de son triomphe» resplendissant de force et de vie, prêt à dire ce qu'il était, d'où il venait, ce qu'il voulait. On vit des hommes distingués par leur nom, leur naissance, leur fortune, sortir des rangs, descendre dans l'arène ; ils firent à la nouvelle religion un rempart, non plus de leur corps, mais de

' Beugnot, Destruction du faganisme en Occident. — Ozanam, De la civilisation au v« siècle. — A. de Drogue, l'Église et l'Ewpire romain, part. I, t. 1 et II.

* Commeitt. in Isaiam, liv. i, di. n, v. 7; t. 111.

leur intelligence, et se disposèrent à la protéger, à l'étendre par leurs paroles et par leurs écrits. Le temps des martyrs était passé, l'ère des moines commençait : on ne mourait plus sur une place publique, sous le fer des bourreaux, on s'immolait à Dieu par un sacrifice de chaque jour dans la solitude, au fond des déserts, dans la retraite, au milieu du monde, sainte agonie, dont la divine Thérèse donna plus tard la sublime expression dans cette devise : Aut pati, aut mori. Ce nouveau témoignage en faveur du christianisme n'était pas douteux * ; et s'il fallait encore l'appuyer, il serait facile d'évoquer une foule de veuves qui renoncèrent au monde pour consacrer à Dieu le reste de leur vie, des légions de vierges qui résistèrent à toutes les séductions, pour porter aux noces de l'Agneau la blanche couronne de leur innocence. Sans doute, il y eut des misères, des taches, des fautes, des crimes même, car l'esprit de l'homme garde toujours ses faiblesses, et son cœur ne perd jamais ses inclinations au mal : l'Église flétrissait ces désordres, et déchirant les nuages qui ne pouvaient embarrasser sa marche, pareille au dieu dont parle le poète, on la voyait

.... poursuivant sa carrière Verser des torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs.

Amie de tout ce qui est beau, de tout ce qui est grand, elle convia les lettres et les arts à l'œuvre de la régénération sociale; elle voulut les environner d'une gloire plus pure en les associant à sa sublime mission. Et pourquoi l'Église eût-elle méprisé ces hautes inspirations que les anciens, dans leur naïf enthousiasme, aimaient à

* Rossi, Bulletin d'archéol. chnH., l" année, p. 75.

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