CHAPITRE V. 29 î
près du pape Damase *. « On me montra, dit-il, un « homme et une femme des derniers rangs du peuple :- <. il avait enterré vingt épouses , elle en était à son <^ vingt-deuxième mari , puis tous deux finirent par « se marier ensemble, et pour la dernière fois, ils le « croyaient bien eux-mêmes. Tout le monde, hommes « et femmes, attendaient avec impatience lequel des « deux, après tant de congés donnés, ensevelirait l'au- « tre. Le mari l'emporta : devant la ville entière slc- « courue à ce spectacle, on le vit, une couronne en « tête et une palme à la main en signe de victoire, « précéder au milieu des acclamations de la foule , « le cercueil de cette femme qui avait eu tant d'ét« poux. »
Dans l'intérêt des familles, et pour le bien de la société, saint Jérôme n'avait pas cru s'élever avec trop de véhémence contre les secondes noces. Les hommes ne devaient pas être tous hors de cause, cependant il n'accuse que l'autre sexe ; mais là ne s'arrêtent pas ses griefs contre les femmes. L'un d'eux ne perd jamais rien de son actualité, il porte sur la toilette. Que de~ fois l'austère Dalmate n'a-t-il pas reproché aux Romaines la profusion de leurs bijoux, les pendants d'oreilles, les colliers d'or, les rivières de pierreries % les mitres frisées, les souliers bruyants, les cheveux teints, les sourcils noircis' ! « Que font, s'écrie-t-il, sur la figure « d'une chrétienne le vermillon et la céruse? L'un donne w aux lèvres et aux joues un incarnat trompeur, l'autre (c répand sur le reste du visage et sur la gorge une « blancheur factice. » La Bruyère dit, en parlant de
' Ep. XCI, ad Ageruchiam, id., p. 744. ' Ep. XIX, ad Marcellani, id., p. 60, 3 Ep. XLVII, ad Furiam, id., p. 557.
« Lise*: « Elle a quarante ans accomplis, mais les « années pour elle ont moins de douze mois et ne la K vieillissent point. Elle le croit ainsi; et, pendant « qu'elle se regarde au miroir, qu'elle met du rouge « sur son visage, et qu'elle place des mouches, elle con- « vient qu'il n'est pas permis à un certain âge de faire « la jeune, et que Clarice, en effet, avec ses mouches K et son rouge, est ridicule, « Jérôme nous a laissé le portrait non moins enluminé des Lises et des Clarices de son temps^ : « Leur visage de plâtre, défiguré par « trop de blanc, les ferait prendre pour des statues. « Qu'une larme indiscrète s'échappe par hasard, la trace « est marquée et le sillon demeure. Le nombre de leurs (( années ne peut leur apprendre qu'elles sont déjà « vieilles; elles ajustent sur leur tête un élage de che- « veux empruntés, et s'efforcent de ramener sur leurs « fronts ridés les grâces envolées de la jeunesse. Chan- (( celantes déjà, et devant un essaim de pelits-fils, elles ti posent encore en jeunes filles. » Pour que la ressemblance soit parfaite et que ces Romaines n'aient rien à envier à la coquette de La Bruyère, il suffit d'ajouter avec notre moraliste '" : << La mignardise et l'affectation « les accompagnent dans la douleur et dans la fièvre; <( elles meurent parées et en rubans de couleur. »
L'amour du luxe et de la parure n'était souvent qu'une suite du désir de briller, une conséquence de la passion de se faire admirer. Ce besoin avait aussi ses petites satisfactions dans la société romaine, et saint Jérôme nous en découvre quelques-unes * : « La plupart des
' La Bruyère, ch. m, Des femmes.
- Ep. XIX, ad Marcellam, t. IV, p. 50. ^ La Bruyère, loc. cil.
* Ep. XVIll, ad Eustochium, t. IV, p. 13.