‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 141 sur 236 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« femmes remplissent leurs garde-robes de vêlements ; « elles changent chaque jour de tollelle, sans pouvoir u empêcher les vers de s'y mettre. Celles qui sont plus « scrupuleuses ne portent qu'une tunique, et, avec des « coffres pleins, se couvrent de haillons. Chez elles, les « volumes se colorent de pourpre, l'or se fond en lettres, u les livres se couvrent de pierres précieuses, et le « Christ meurt mendiant devant leurs portes. Quand « elles ont donné l'aumône à un pauvre, elles sonnent « de la trompette ; lorsqu'elles appellent aux agapes, « elles prennent un crieur à gages. J'ai vu une des u dames romaines les plus distinguées, je ne la nomu merai pas de peur qu'on ne croie que je fais de la u satire, entrer dans la basilique de Saint-Pierre, préce cédée d'une foule d'eunuques. Afin de paraître plus u charitable, elle donnait de sa propre main une obole « à chaque pauvre. Une vieille femme, chargée d'années « et couverte de haillons, courut, comme il arrive soute vent aux pauvres, se placer plus haut afin de recevoir « une nouvelle aumône ; la matrone arriva devant elle, <<. mais, à la place d'une pièce de monnaie, l'orgueilleuse « Romaine donna un coup de poing à celte malheureuse <c et la mit en sang, pour la punir d'un crime semblable. » Nous reconnaissons là les instincts sauvages de la louve de Uomulus et les dernières traces de la barbarie antique, car le paganisme, impuissant à secourir les pauvres, les vieillards et les malades, leur venait en aide en les débarrassant de la vie. Soudain un spectacle nouveau frappa tout à la fois de surprise et d'admiration la société romaine régénérée, et Jérôme est encore le fidèle écho qui redit à travers les âges les premiers miracles de la charité chrétienne* : « Les pierres précieuses qui

• Ep I.IV, ail Pammach., id., p. 583.

a ornaient jadis le cou et la figure servent maintenant « à rassasier les pauvres affamés. Les étoffes de soie, « les tissus d'or se changent en simples vêtements de « laine, qui garantissent du froid et ne mettent pas à nu ■« la vanité. Tout ce qui servait hier au luxe et à la <v mollesse couvre aujourd'hui les frais de la bienfai- « sance. Cet aveugle qui tendait la main et mendiait où « il n'y avait souvent personne, est à présent l'héritier »< de Pauline, le cohéritier de Pammachius. Cet estropié, « forcé de traîner son corps, marche soutenu par la « main d'une tendre jeune fille. Ces portes, qui vomis- « saient des flots de courtisans, sont assiégées par les « pauvres : l'un est hydropique et porte la mort dans « son sein ; l'autre est muet, et sa prière est d'autant M plus touchante qu'il ne peut la faire entendre' :

Non milii si linguic ccnliim sint, oraque centum, Omnia pœnarum pcrcurrorc noniina possim.

« Voilà l'escorte de Pammachius lorsqu'il paraît en pu- « blic, car il est le père des pauvres, le banquier des « infortunés. »

Parmi ceux qui changeaient ainsi à force de vertu la face du monde romain, entre celles qui se dévouaient aux actes de la plus héroïque charité, Jérôme a distingué surtout, le nom d'une illustre patricienne^ : «Elle « vendit son patrimoine, qui était considérable et pro- « porlionné à sa naissance, et le prix servit au soulage- « ment des malheureux. La première, elle fonda un « hôpilal pour y recueillir les malades abandonnés, les « indigents accablés de souffrances, les pauvres cou- « sûmes parla faim. Combien de fois Fabiola ne porta-

' Enéide, chant VI, v. G23.

* Ep. LXXXIV, aJ Oceanum, t. IV, p. CGO.

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