CHAPITRE V
« t-elle pas sur ses épaules des épilepliques sales et « dégoûtants? Que de fois ne lava-t-elle pas des plaies « hideuses que d'autres n'auraient pas même osé re- « garder? Elle donnait à manger, de ses propres mains, « aux convalescents. Elle rafraîchissait par de petites « potions des cadavres sur le point d'expirer. «
Et Fabiola n'était pas seule à étonner les païens par la pratique d'une vertu si haute : avant elle et de son temps, Léa et Blésilla, Marcella et Principia, Paula et Eustochium, avec une foule d'autres Romaines, non moins illustres par le rang que par la fortune, avaient rendu familier aux Romains le spectacle de ces sacrifices jusque-là inouïs \ « J'apprends, s'écriait Jérôme, que « celles qui ne pouvaient souffrir la boue des rues et « qui se faisaient porter sur les épaules des eunuques, « celles qui marchaient avec peine sur un sol inégal et « qui redoutaient un vêtement de soie comme un far- « deau, la chaleur du soleil comme un incendie, j'ap- « prends que, revêtues aujourd'hui de robes grossières « et de couleur sombre, pleines de force en comparaison <' de ce qu'elles étaient naguère, elles préparent les « lampes et attisent le feu ; elles balayent les apparte- « ments, apprêtent les légumes, les jettent par faisceaux « dans les chaudières bouillantes; elles dressent les « tables, nettoient les coupes, servent les mets et s'ocw cupent à mille emplois. » Ne dirait-on pas entendre Vincent de Paul décrivant à l'un de ses amis la vie, les occupations, le costume de ses sœurs de charité?
Quelques mères se révoltaient bien encore à l'idée de voir leurs filles renoncer au monde pour embrasser celte vie de dévoûmenl et d'abnégation ^ : </ 0 mère , disait
^ Ep. LIV, ad Pammach., id., p. 087.
« Ep. XVIU, ad Eustochium, id., p. ;iG.
« Jérôme, pourquoi contrarier votre fille? Vous l'avez « nourrie de votre lait, vous l'avez élevée avec la plus « tendre sollicitude, elle a grandi dans vos bras. Vous « avez environné sa virginité de vos sollicitudes mater- « nelles: vous vous irritez parce qu'au lieu d'un soldat, « elle veut épouser un roi. C'est un grand honneur « qu'elle vous procure, vous devenez la belle-mère de « Dieu. »
La virginité, dans les premiers siècles de l'Église, était tellement aimée et estimée, que l'on appelait les ^vierges la fleur de la société chrétienne \ Toutes ne se liaient point par un engagement irrévocable, et pendant les persécutions elles vivaient isolées au milieu du monde. Quand saint Jérôme écrit que Marcella fut la première des dames romaines à inaugurer la vie monastique, propositum monachoriim^, il veut dire celte vie rigide et solitaire menée avec d'autres compagnes de la même vocation, et il dislingue les vierges et les veuves monastiques des autres veuves et vierges de l'Eglise*. On avait vu celles-ci, lorsque la paix eut été accordée aux chrétiens, se réunir peu à peu et former de petites communautés où elles vivaient sous la direction d'une des plus âgées''; mais un grand nombre continuaient à rester chez elles et à suivre, chacune à sa façon, la pratique des conseils évangéliques. Tout, dès lors, ne pouvait être parfait, u Comment l'or a-t-il perdu son éclat? » s'écriait le prophète des Lamentations sur les ruines de Jérusalem '? Jérôme déplorait avec une égale tristesse
' s. Cypriams, de habitu virginum. Amslelodami , IIOO, éd. de Lormc, in-fol., p. G8.
- Ep. XCYl, ad Piincipiam, t. IV, p. 780. ^ Rossi, lialletin d'arcltéol. chrét., 1" année, p. 7;"i, * Pelliccia, De chrisl. Eccksia politia, éd. Das?ani, p. 133, 134. " JKRKMie, Lamentations. « Quoiiiodo obscuiatuiii Cttaiimm! >•