‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 149 sur 236 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« saient de me voir malheureux. » Ce n'était pas assez : on trama dans les ténèbres une infâme calomnie contre lui et contre Paula : « On a jeté sur moi la honte <( d'un faux crime, » dit-il encore dans la longue énumération de ses douleurs : mais le misérable auteur de cette intrigue fut obligé devant les juges de confesser la vérité, et de découvrir les odieuses machinations dont il s'était fait l'artisan. « Ils ont ajouté foi au mensonge, « s'écrie alors saint Jérôme, pourquoi ne croiraient-ils « pas au démenti? C'est le même homme : il reconnaît « mon innocence, lui qui depuis longtemps me disait « criminel. La vérité ne se traduit-elle pas mieux dans « les supplices qu'au milieu des plaisanteries? Mais on « croit plus volontiers un mensonge, que l'on écoute « avec plaisir et que l'on est charmé de répéter. »

Entre ceux qui se faisaient les entremet leurs de ces impostures, ou bien qui s'irritaient mal à propos des critiques de notre saint, se distinguait, à ce qu'il paraît, par sa laideur et par ses prétentions, un certain Onasus. Jérôme a écrit à Marcella une lettre à l'adresse de cet homme et de tous ceux qui pensaient comme lui. C'est un modèle de satire, mais de satire à la façon de Juvénal, à la manière de Cicéron dans le Pro Sextio\ de Démoslhène dans ses invectives contre Eschine. « On « accuse les chirurgiens d'être cruels, dit il % c'est triste. « N'est-on pas à plaindre quand on est insensible aux « souffrances des autres, quand il faut s'armer du fer pour « trancher sans pitié dans les chairs mortes, quand on « soigne sans dégoût ce qui fait horreur au malade lui- « même, et qu'on vous regarde encore comme un en-

* CicÉnoN, Pro Scxtio, p. 51, 5?. — Démosthèse, Discours sicr la couronne. « Ep. XXVJ, ad MarceUaui, t. IV, p. 63.

« nemi ? Ainsi le veut la nature : la vérité est amène et « le vice paraît aimable. »

Et parce qu'ils avaient dit la vérité, Jérôme montre la haine s'attachant aux pas des prophètes, l'envie poursuivant saint Paul et le Sauveur lui-même ; puis il continue avec une sanglante ironie : « Faut-il s'étonner si j'ai « blessé les hommes en attaquant les vices? Je veux cou- « per les nez qui sentent mauvais, avis à ceux qui ont « les écrouelles. Je veux rabattre le caquet des corneilles ; «qu'elles sachent combien elles sont insupportables. « Eh quoi ! n'y a-t-il à Rome qu'un visage privé de nez « par une plaie hideuse? Onasus de Ségesle est-il le « seul à peser avec emphase ses paroles creuses, aussi « gonflées que des vessies? Plusieurs sont arrivés aux « dignités par le crime, le parjure et la perfidie. Je le « dis; mais qu'est-ce que cela vous fait, à vous qui vous « sentez innocent? Je me moque d'un avocat qui a be- « soin d'un défenseur, je ris d'un misérable orateur: que « vous importe à vous qui êtes éloquent? Je veux flétrir « les prêtres mercenaires; vous qui êtes riche, pour- « quoi vous mettre en colère? J'ai bonne envie d'enfer- « mer Vulcain dans son temple et de le faire brûler au (' feu de ses fourneaux ; êtes-vous son hôte ou son voisin « pour écarter l'incendie du sanctuaire de l'idole? Il me « plaît de tourner en ridicule les chenilles, les hiboux, « les chauves-souris, les sphinx d'Egypte, vous croyez « que chacune de mes paroles s'adresse à vous. Que ma (( plume essaye sa pointe contre un vice quel qu'il soit, « vous criez aussitôt que je vous montre au doigt. Là- « dessus vous me prenez à partie pour m'accuser solle- « ment de faire de la satire en prose. Vous croyez-vous « donc joli garçon, parce que vous portez un beau nom? « Comme si l'on ne disait pas Lucus d'un bois sacré,

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