‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 15 sur 236 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

elle en expliquait le sens, et, dirigée par les lumières d'une critique éclairée, elle accusait les défauts, ou bien elle faisait admirer les beautés de la composition et du style *. Chaque professeur ajoutait à ses propres remarques celles de ses prédécesseurs % et le trésor de la science allait s'enrichissant tous les jours de nouvelles découvertes. Aux auteurs grecs se joignit bientôt l'explication des ouvrages latins, et l'on élargit ainsi les limites du champ, déjà très-vaste, ouvert aux dissertations savantes des grammairiens.

Jérôme profila si bien des leçons de son illustre maître, qu'il surpassa tous ses rivaux dans la connaissance de l'antiquité grecque; en même temps il apprenait à parler le latin avec une élégance, une facilité, une pureté qui, aurait peut-être trouvé grâce aux yeux d'Asinius Pollion ^, ce rigide censeur de la patavinité de Tite-Live. Il n'oublia jamais ce qu'il devait à Donatus, et le souvenir de son cher professeur s'est souvent présenté à ia mémoire de l'élève reconnaissant. Il a parlé avec éloge des travaux du grammairien sur Virgile et sur Térence \ il a parfois retrouvé sous sa plume des saillies heureuses échappées au maître, témoin ce jour où commentant l'Eunuque de Térence, après avoir cité ce vers du prologue : « On ne dit plus rien qui n'ait été déjà dit, » il s'écria luimême : « Peste soit de ceux qui ont dit nos pensées avant nous'! »

Pendant que Jérôme suivait les leçons de Donatus, l'art de bien dire avait un brillant interprète de ses règles dans

' QuiNTiLiEN, Instit orat., liv. I, ch. iv. ' Apolog. adv. Ruf., lib. I, t. IV, part. Il, p. 3G5. •■' QuiNTiL., Inslit. orat., liv. VllI, tli. i. * Apol. adv. Ruf., toc. cit.

" Commetit. in Eccles., cap. i, v. 10. « Peieant qui antù nos nostra dixerunt! »

le célèbre Viclorinus, arrivé d'Afrique pour enseigner à Rome sous le règne de Gonslance. L'élude de la rhétorique était, avec celle de la grammaire, la principale occupation des Romains qui fréquentaient les écoles; en cela, ils suivaient encore les recommandations et les exemples de Gicéron, de Quinlilien et de Pline. Victorinus exposait avec tant d'éloquence les préceptes de ces grands maîtres dans l'art oratoire, que chacun s'empressait à ses cours, et l'admiration publique lui fit ériger une statue sur le forum de Trajan, à côté des plus illustres personnages de l'empire ^ Victorinus était païen, on l'avait entendu célébrer les divinités égyptiennes % on l'avait vu se prosterner aux pieds des dieux du Capitole; tout à coup, parvenu à une extrême vieillesse, ses yeux s'ouvrirent à la lumière de l'Evangile S et l'admirateur de Gicéron, le successeur de Quinlilien, le maître chéri et vénéré de la jeunesse romaine, ne rougit point de venir incliner au pied de l'autel sa tête couronnée de lauriers, et tout frémissant encore des applaudissements cFun auditoire enthousiaste, il se fit petit enfant pour renaître régénéré par les eaux saintes du baptême. Victorinus converti ne renonça pas à la carrière qu'il suivait avec tant de succès, il n'abandonna ni sa chaire, ni ses élèves. On le vit, bravant le sarcasme et la raillerie, continuer ses leçons qu'un nouvel esprit animait maintenant; puis, un jour, il quitta sa place pour n'y plus remonter, lorsqu'un éditde Julien défendit aux chrétiens Me donner des leçons de littérature ou d'enseigner l'art de bien dire. Lorsqu'il n'était bruit dans Rome que de l'éloquence

* Chronkon., an. 353-358.

' S.\I.NT AlGLSTlN, Coilf., llV. VIII, ch. II.

^ De viris iUust. Id., p. 125.

* Saint Aigistin, Conf., liv. VIII, ch. v.

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