CHAPITRE V
« des Livres saints; il est ridicule, dites-vous, d'ajouter « foi à la résurrection, soit; mais que vous importe? « A notre tour, nous n'estimons guère votre genre de « vie : soyez donc heureux de votre embonpoint, j'aime « mieux ceux qui sont maigres et pâles. Vous les plai- « gnez, nous vous croyons bien plus malheureux; ainsi « nous nous rendons la pareille, en nous regardant les « uns les autres comme des insensés. »
A tous ces ennuis vint se joindre le plus fâcheux accident pour notre saint, car il eut à déplorer, sur ces entrefaites, la mort du pape Damase*. Sirice lui succéda dans la dignité de souverain pontife, mais il ne continua pas à Jérôme les fonctions de secrétaire, sans que l'on puisse dire précisément que celui-ci eût encouru la disgrâce du nouveau pape. Ses envieux n'attendaient que ce moment : tant que vécut Damase, ils gardèrent quelque mesure dans l'expression de leur haine, ils se contenaient au spectacle de cette grande et généreuse amitié du pontife pour le savant docteur. A l'avènement de Sirice, ils levèrent la tête, et se dressant comme autant de serpents venimeux, ils essayèrent d'étouffer dans leurs hideux replis celui qu'ils regardaient comme le plus terrible de leurs ennemis. Ils ne respectèrent rien: on traîna dans la boue ses plus saintes affections, on accusa ses rapports avec les dames romaines, on fit planer les plus odieux soupçons sur les réunions de l'Aventin, on chercha dans son passé des reproches contre le présent; de ses anciennes faiblesses qu'il confessait humblement après les avoir si rudement expiées, la haine et l'envie se forgèrent des armes contre sa vertu, et dans les conseils à la vierge Eustochium, on ne voulut voir qu'un jeu ha-
' Le Nain deTillemont, Saint Jérôme, art. XLI.
bilement conduit pour déguiser de coupables intrigues. Toute l'énergie de Jérôme céda devant ces lâches attaques, son âme fut brisée, son courage vaincu : il n'essaya plus de résister à l'orage déchaîné contre lui. Après avoir payé si cher son séjour à Rome et son retour à la vie publique, il prit la résolution de fuir, de s'éloigner de celte nouvelle Babylone, d'abandonner pour jamais la courtisane empourprée qui lui causait tant de peines et de douleurs.