‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 152 sur 236 · VOYAGE DE SAINT JÉRÔME :EN PALESTINE · texte numérisé non relu

VOYAGE DE SAINT JÉRÔME :EN PALESTINE

Sa.in.t Jérôme à. Ostie, è. Cypre, à. Antioclie.

Au mois d'août de l'année 385, quand les moissons doraient la campagne romaine, quand soufflaient les vents étésiensS Jérôme dit un dernier adieu à la ville aux sept collines et se rendit au port d'Oslie, pour s'embarquer sur le vaisseau qui devait l'enlever pour toujours à ses amis d'Occident. 11 emmenait son frère Paulinien, qu'il avait fait venir à Rome afin de diriger son éducation, le prêtre Vincent et quelques autres moines déterminés à ne point se séparer de lui. Une foule nombreuse l'accompagnait au rivage ; tous étaient livrés à la tristesse, comme les chrétiens de Milet quand saint Paul les quitta, car chacun savait bien aussi qu'on ne le reverrait plus'.

Là, sans chercher à se défendre contre les émotions du départ, les yeux baignés de larmes, il jeta un dernier regard vers Rome, une dernière pensée à ceux qu'il y

* Adv. liuf.. lib. III, t. IV, pars II, p. 459. >

* De Actihun Apost., cap, xx.

laissait. Une lettre écrite à la hâte vint, à l'adresse d'Asella, dire à ces nobles matrones, à ces généreuses amies, les impressions de leur maître au dernier moment qu'il passait sur la terre d'Italie. Il sentait encore le besoin de s'excuser auprès d'elles des infâmes calomnies publiées contre lui; il ne voulait pas qu'un nuage vînt passer sur ses saintes amitiés*. « Avant de connaître la « maison de Paula, dit-il, Rome entière me témoignait « toutes sortes d'égards : on vantait ma sainteté, mon « humilité, ma science. Depuis, suis-je entré chez quel- « que femme légère? m'a-t-on jamais vu me laisser sé- « duire aux vêlements de soie, à l'éclat des pierreries, « à la beauté fardée, à l'amour de l'or? »

L'image de ses détracteurs vient alors assombrir l'esprit de Jérôme, il voit défiler à ses yeux leur cohorte maudite, et il s'écrie avec amertume : « 0 malheur! ce sont « des chrétiens qui négligent le soin de leurs affaires, et « sans songer à retirer la poutre de leurs yeux, ils veu- « lent arracher la paille de l'œil du prochain. Ils blâ- « ment de saintes résolutions, et croient qu'ils auront « apporté remède à leurs maux s'il n'y a personne de « saint, si l'on calomnie tout le monde, si l'on voit gros- « sir la foule des pécheurs et la multitude de ceux qui « se perdent. >> Puis, avec une pieuse résignation, il accepte ces épreuves, il s'humilie devant la haine qui le poursuit : aussi pourquoi avait-il voulu chanter le cantique du Seigneur sur une terre étrangère? Et, en finissant cette lettre, son cœur laissait un souvenir, son âme une pensée à chacun des membres du cercle brillant dont il était la joie et la vie^ : « Saluez Paula et Eusto- <' chium, qui sont toujours, en dépit du monde, mes

* Ep. XXVIII, ad Asellam, t. IV. p. CO.

* Idem, p. 67.

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