‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 153 sur 236 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

« sœurs en Jésus-Christ. Saluez Albina leur mère, Mar- « cella leur sœur, Marcellina, Félicité, et dites-leur : « Nous serons tous un jour devant le tribunal de Dieu, « et chacun y montrera la conscience qu'il avait pendant « sa vie. Adieu, modèles de la vertu la plus pure, sou- (( venez-vous de moi, et, par vos prières, apaisez les « flots sur ma route. »

Le vaisseau mit à la voile. Jérôme partit, espérant qu'Asella serait aussi bien inspirée qu'Horace priant les vents de souffler plus doucement pour conduire à bon port le navire qui emportait Virgile ^ Dans sa course à travers les mers, notre saint visita d'abord Rhégium ; c'était une ancienne colonie d'Eubéens de Ghalcis que César restaura en lui donnant son nom, Rhegium Julii^ Il prit terre aux rochers de Scylla : ses souvenirs poétiques lui rappelaient les chants des sirènes, le gouffre insatiable de Charybde, la fuite précipitée d'Ulysse ^ Les habitants lui répétèrent ces fables et beaucoup d'autres encore ; ils lui conseillèrent de diriger sa marche, non dans la direction des colonnes de Protée, situées presque devant l'Egypte, mais vers le port de Jonas ou Joppé, en Palestine : la première voie était, selon eux, celle des fuyards et des criminels; les honnêtes gens suivaient la seconde. On leva l'ancre, et Jérôme continua sa route. Doublant le cap Malée, situé à la pointe du Péloponèse *, il côtoya les Cyclades, et vint aborder à Salamine, alors appelée Conslantia% dans l'île de Cypre, où il reçut

* Horace, Odes, liv. T, m.

* PoMPOMUs Mêla, Strabon, liv. VI H, ch. ii, Rhegium.

' Adv. Ruf., lib. III, t. IV, p. 'i69. « Quumque niilii accolœ illius loci multa narrarent, darcntquc consiliiim, ut non ad Protei columnas, sed ad Jonœ portum navigarem : hune enim fugientium ot lurbalorum, illum secuil hominis esse cursum, malui per Maleas et Cycladas Cyprum pctgerc. »

* PoMPONius Mêla, Strabon, liv. VI, ch. n, Malœa.

* Apol. adv. Ruf., loc. cit.

l'hospitalité du vénérable Epiphane, qu'il avait naguère accompagné de Constantinople à Rome.

Cette île était célèbre dans l'histoire et dans la poésie : Zenon, ce martyr d'une sotte philosophie, comme l'appelle Jérôme, était né à Cypre; mais elle avait une autre raison d'attirer l'attention de notre saint. N'était- il pas en Occident un des soutiens et des propagateurs du monachisme, qu'il avait étudié et pratiqué en Orient? ne le savait-on pas heureux de recueillir sur son passage les détails qu'il pouvait rencontrer sur tous ceux qui avaient illustré la vie monastique? Or, saint Hilarion venait de passer les dernières années de sa vie dans l'île de Cypre \ Jérôme interrogea donc ceux qui l'avaient connu, entre autres saint Epiphane, et il réunit une partie des matières qui lui servirent plus tard à composer la biographie de ce saint anachorète. Il visita avec une pieuse curiosité l'endroit où le vieil ermite s'était réfugié, essayant d'éviter la renommée qui le poursuivait, la maison qu'il habita et où il mourut, le petit jardin où l'on déposa son corps, que son disciple Hésychius vint enlever secrètement pour le transporter à Majuma, en Palestine. Jérôme vit aussi Paphos% si souvent chantée par les poëtes ; de fréquents tremblements de terre l'avaient désolée, mais ses ruines attestaient encore son ancienne splendeur.

* Yita Sancti Jlilarioms, t. IV, p. 88.

* Idem, p. 89.

Ipsa Paphum sublimis abit, œdesque revisit Laeta suas, ubi templura illi, centumque Sahaeo Thure colent arœ, sertisquc recentibus halaiit.

Virgile, Enéide, ch. i, v. 3C8.

« 11 vaut mieux pour l'île de Chypre, s'en tenir à la poésie qu'à l'histoire, à moins qu'on ne prenne plaisir à se rappeler une des plus criantes injustices des Romains et une expédition honteuse de Caton. » — Ciiatealbriand, Itin. de Paris à Jérusalem, part. III.

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