CHAPITRE VI
à se faire porter par des eunuques, s'accommoder d'un âne pour monture \
Jérôme a voulu raconter sous le nom de Paula le voyage qu'il fit avec elle en Palestine et en Egypte, c'est simplement un hommage qu'il lui rend ; par une attention délicate, il s'efface pour la mettre en lumière, mais des textes formels, la manière même dont il rapporte les incidents de leurs différentes excursions prouvent clairement qu'il fut son compagnon et son confident, car il nous découvre les pensées, les impressions de Paula aux différents endroits où elle s'arrêta dans ses excursions en Orient. Saint Paulin conduisit lui-même ses hôtes sur la roule de Jérusalem, et lorsqu'il eut pris congé d'eux, ils continuèrent leur chemin, voyageant pour voyager, c'est-à-dire disposés à interroger les hommes et les choses afin d'acquérir une connaissance exacte des pays qu'ils parcouraient. « Je ne dirai rien de la Gœlé-Syrie, ni de « la Phénicie, écrit saint Jérôme, car je n'ai pas le projet « de tracer un itinéraire, je veux seulement parler des «. noms que l'on retrouve dans les saintes Écritures. »
* Ep. LXXXVI, ad Eustoch., t. IV, p. 672.
Saint Jérôme en. Palestine.
« Saint Jérôme, dit Chateaubriand, nous alaissé en di- « vers endroits de ses ouvrages le tableau le plus complet « des Lieux-Saints ^ » Il ne faut donc pas s'étonner de voir l'itinéraire de l'ermite de Bethléem servir de guide aux nombreux pèlerins qui entreprirent avant les croisades le long et périlleux voyage de Jérusalem ^ Ces grandes expéditions ne calmèrent point l'enthousiasme qui entraînait ainsi l'Occident vers l'Orient : de nombreux voyageurs, conduits par la piété, ou bien poussés parla curiosité, visitèrent la Palestine dans les siècles posté-
' Itinéraire de Paris à Jérusalem, II' mémoire.
* Cette observation n'est pas difficile à conflrraer : en effet nous trouvons que dans Yllinerarium de locis sanctis quos perambulavit Anlonius Placcntinus, au vio siècle, l'auteur nous a décrit les différentes stations comme saint Jérôme. Vers l'an 690, un évéque français, Arculphe, visita aussi la Palestine ; à son retour, 11 raconta ce qu'il avait vu, et Âdamannus, abbé de Jona en Angleterre, écrivit la relation de ce pèlerinage sous le titre : De situ Hierusakm et locorum sanctorum liber. Sur l'indication de M. V. Le Clerc, nous avons parcouru cet ouvrage dans les Acta S. S. Ord. S. Bened., III sœc,
II pars, p. 592 ; le voyage d' Arculphe n'est guère différent de celui de saint Jérôme; les Lieux-Saints dans le livre d'Adamannus nous rappellent aussitôt la lettre LXXXVI à Eustochium et plusieurs passages du traité : De situ et nominibus loc. hebraic. Toujours guidés par le savant doyen de la Faculté des lettres de Paris, nous avons pu constater la même ressemblance enire les descriptions de notre saint et les pages où saint Guillebaud, au viiie siècle, Bernard le Moine, au ix*, nous ont représenté les divers endroits qu'ils avaient parcourus dans leurs pèlerinages en Terre-Sainte, Acta S. S. Ord. S. Bened.,
III sœc, II pars, p. 37i. — Id., p. 523.
Nous renvoyons ceux qui seraient curieux de plus amples détails au deuxième mémoire de Chateaubriand sur cette question. Parmi les voyageurs des temps modernes , nous nous sommes contenté de donner une attention particulière au P. Nau, à Volney, et de lire avec plus de soin l'Itinéraire de Paris à Jérusalem.]