‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 156 sur 236 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

rieurs, et la plupart ne dédaignèrent pas d'avoir recours aux précieux renseignements de saint Jérôme. Il les avait recueillis sur les lieux mêmes, de la bouche des Juifs les plus instruits, sur les monuments, dans les livres, dans les traditions populaires; car il s'était fait un devoir de puiser à toutes les sources, au profit de ses études et dans l'intérêt delà science. Nous avons essayé de rassembler ces tableaux épars : ainsi l'on réunit en une seule exposition les toiles dispersées d'un grand peintre pour mieux admirer l'ensemble de ses œuvres et juger plus sûrement le goût et le génie de l'artiste.

Notre saint ne nous a point parlé dans ses récits du chemin qu'il suivit en quittant Antioche jusqu'à son entrée en Palestine, nous respecterons le silence où il s'est retranché ; nous ne pourrions d'ailleurs risquer que des conjectures, et dire, par exemple, qu'il dut songer à visiter Laodicée, où son ancien maître Apollinaire était évêque avant de venir enseigner à Antioche. Aussi bien est-ce la seule ville importante sur le bord de la mer, de ce côté du Liban, pendant la route que nos voyageurs ont parcourue au milieu des ténèbres volontaires dont ils se sont enveloppés. Mais la nuit ne tarde pas à se dissiper* ; nous retrouvons nos pèlerins au moment où ils laissent de côté la colonie romaine de Béryte"^ et l'ancienne ville de Sidon, pour visiter sur le rivage de Sa-

' Saint .lérûme rappelle dans sa lettre LXXXVI" à Eustochium la suite de ses excursions en Palestine ; nous y avons ajouté quelques détails du livre De situ et nominibus locorum hebraicorum, où il a résumé ses observations sur la géographie des Lieux-Saints, de ceux-là surtout qu'il avait étudiés en compagnie de Paula.

' Cette route est célèbre dans les Voyages de saint Pierre, relation apocryphe attribuée à saint Clément qui aurait accompagné le prince des apôtres de Césarée à Tripoli, par Dora, Ptolémaïs, Sidon et Déryte. — Opéra S. démentis, liecognitioncs, lib. IV, i. — Clementina, Hoin. VII, b. — Id., VIII, 9, 10, 11, 12.

repta un oratoire dédié au prophète Élie. En traversant le territoire de Tyr, il songeait au grand apôtre dont on retrouvait la trace sur le sol qu'ils foulaient aux pieds. Aco ou Ptolémaïs ne les arrêta point; la plaine de Mageddo* leur rappela la mort de Josias, et leur livra passage au pays des Philistins où ils purent admirer les ruines de l'opulente cité de Dor, située au pied du mont Carniel. Ils arrivèrent ensuite à la tour de Straton, qu'Hérode appela Gésarée % en l'honneur de César- Auguste : là on leur montra la maison de Corneille , la demeure de Philippe et l'habitation des quatre vierges prophétesses. Celte ville avait encore une bibliothèque où Jérôme trouva les Hexaples d'Origène, qui lui furent d'un grand secours dans ses études sur l'Ecriture sainte. En suivant toujours le bord de la mer, la petite caravane rencontra Anlipalris, qui n'offrait plus que l'aspect d'une ville à moitié détruite; Hérode l'avait ainsi nommée en mémoire de son père. A Lydda, Jérôme racontait à ses compagnons la résurrection de Tabitha et la guérison du paralytique Enée^ ; de là ils passèrent à Arimalhie, patrie de Joseph qui ensevelit le Seigneur, et par Nobé, jadis ville des lévites, changée par Saiil en un vaste sépulcre après le meurtre d'Abimélech et de ses prêtres*. Joppé, par son nom, leur fit songer à la fuite de Jonas^ et réveilla

' De situ et nominibus loc. hebraic, t. II, Op. Hier., Mageddo.

* Dans ces mêmes voyages, il est surtout question de Césarée; Fnavigavi Cesuream Slratonis, dit saint Clément; il assista dans cette ville aux discussions qui s'engagèrent entre saint Pierre et Simon le Magicien. — Recog., 11b. I, 12. — Clem., lib. I, 15 et suiv.

' Actn Âpostolorum, cap. ix, t. 32 et suiv.

* Liber I Regum, cap. xxii.

' « Hic locus est in quo usque hodie saxa monstrantur in iittore in quibus Andromeda religata, Persei quondam sit liberata praesidio. » — Comment in Jonam, cap. i, v. 3. Op. Ilieron., t. 111. — « Les Grecs, dit Chateaubriand, étendirent leurs fables jusqu'à ces rivages. Us disaient que Joppé tirait son

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