‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 158 sur 236 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

« parlait le prêtre égyptien aux philosophes de la Grèce ! « L'Orient! antique foyer de toute civilisation, de toute « lumière sacrée et profane !

« L'Orient! centre, pendant 4,000 ans, de toutes les « affaires divines et humaines! Oui, pendant quarante « siècles, tous les regards de l'humanité, toutes ses este pérances , tous ses soupirs furent tournés vers « l'Orient ! »

Un de nos évêques , sur qui semble si bien planer le génie de Bossuet, faisait entendre ces paroles sur une des collines de la ville éternelle : ces accents nous avaient émus, ils demeurèrent gravés dans notre cœur, soudain ils se sont réveillés, s'offrant à nous comme la magnifique expression des sentiments qui durent remplir l'âme de Jérôme quand il se vit là, sous ce beau ciel, sur cette terre bénie, à l'ombre de ces palmiers et de ces térébinthes dont parle l'Évangile, au pied de ces montagnes qui bordent l'horizon, dans ces lieux nommés des noms les plus chers et les plus saints, Bethléem, Nazareth, le Thabor, le Calvaire. Aussi, comment dire l'ardeur infatigable, l'enthousiasme sans cesse renaissant de ce pieux pèlerin parcourant la contrée pour étudier son histoire, interroger ses monuments, ranimer ses ruines, consulter ses souvenirs. Il traduisait sa propre pensée quand il disait de Paula ^ : « Elle mettait une attention , « une curiosité telle à visiter chaque endroit, qu'on « n'aurait pu la détacher des uns, sans le désir qu'elle « avait de voir aussi les autres. »

Jérôme, qui toujours cherchait dans ses voyages l'intérêt de ses études, ne négligea point le vaste champ ouvert à ses observations. Pour continuer ses travaux

' Ep. LXXXVI, adEustoch., t. IV, p. G73.

sur la sainte Écriture, il sentait le besoin d'acquérir une connaissance parfaite du pays où s'étaient passés les événements qu'il allait commenter, il comprenait la nécessité de voir, de ses propres yeux, les lieux où s'accomplirent les prophéties dont il méditait l'explication. C'était attacher une haute importance à son voyage en Palestine , et pour montrer combien il espérait y trouver d'avantages, il se fit accompagner dans ses courses de quelques Juifs renommés par leur science et leur érudition K Cette précaution était d'autant plus sage et plus nécessaire que sous la domination romaine plusieurs villes avaient disparu, d'autres ne s'appelaient pas du même nom , quelques-unes n'offraient que des ruines ; grâce aux lumières de ses guides, notre saint ne demeura pas embarrassé dans ces nuages, il lui fut facile d'apprendre les noms, de savoir la signification, de connaître la position exacte des lieux cités dans les saints livres, et après ces recherches, le sens même des pages sacrées se présenta plus net, plus clair, plus précisa l'esprit de leur diligent interprète ^ « De même, dit-il, tt que l'on comprend mieux les historiens grecs quand « on a vu Athènes, et le troisième livre de VEnéide quand u on est venu par Leucate et les monts Acrocérauniens, « de la Troade en Sicile, pour se rendre ensuite à l'em- « bouchure du Tibre , de même on voit plus clairement <( dans les saintes Écritures quand on a parcouru la « Judée, interrogé le souvenir de ses vieilles cités, « étudié sa géographie ancienne et moderne. « Voyager

* Prœfat. in Paralip., t. I, p. 1418. « Nobis curœ fuit cum eruditissimis Hebrœoium Iiunc laborem subire, ut circumiremus provinciam quam omnes Christi Ecclesiœ sonant. »

* 11 a consigné plusieurs observations de ce genre dans son livre De situ et nom. loc. hcJjr., où nous aurions voulu les trouver en plus grand nombre.

Page 1