‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 163 sur 236 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

de Chalcis, il revint assez peu édifié de la conduite des moines à Rome, maintenant la curiosité le prenait de savoir si la ferveur opérait toujours les mêmes prodiges en Nitrie, ou bien si le sel s'était aussi affadi dans ces contrées pleines des souvenirs de Paul, d'Antoine et de Pacôme ; il partait donc pour connaître la vie, les règles et les institutions monastiques de l'Egypte. Il allait avec Paula raviver son amour de la retraite au spectacle de ces illustres solitaires dont il avait entendu raconter les pénitences aux confesseurs d'Egypte exilés à Chalcis; il voulait voir de ses yeux les merveilles accomplies par l'ascétisme, et son désir de visiter les moines de la Thébaïde était certes aussi vif que celui de Pythagore courant au fond de l'Inde interroger les gymnosophistes.

Jérôme, Paula, Eustochium et leur suite quittèrent ainsi Jérusalem pour se rendre en Egypte. En passant à SochothS ils s'arrêtèrent à la fontaine que Samson fit jaillir d'une dent de la mâchoire dont il s'était servi contre les Philistins; à Marasthim, ils trouvèrent le tombeau du prophète Michée changé en église. On laissa de côté les Chorréens, les Gethéens, Maresa, l'Idumée et Lachis; puis, après avoir traversé une immense plaine de sable mouvant, ils entrèrent dans l'Egypte et ne tardèrent pas à rencontrer sur leur chemin le grand fleuve Sior. Jérôme remarqua que les cinq villes égyptiennes par où il passa avant d'entrer dans la terre de Gessen, parlaient la langue de Chanaan. Le Nil fournit ensuite ample matière à ses observations; il le vit se partager en six branches si faibles qu'on peut presque les passer à pied sec; auparavant, ce fleuve coule à pleins bords contenu par les digues

' Ep. LXXXVI, ad Eustoch., Opéra S. Hieron., t. IV, pars II, p. 677. — De situ et nominibns locorum hehraicornm, Soccoth. * Comment, in Isaiam, lib. IV, cap. ii, t. III, p. 104.

que les Egyptiens ont coutume d'élever sur les rives^ si elles viennent à se rompre par l'incurie des gardiens ou parla force des eaux, les inondations dévastent les terres au lieu de les arroser et de les féconder. Notre saint apprit l'existence de la tour de Syène % espèce de fort soumis alors aux Romains : cet endroit était célèbre à cause des cataractes du Nil qui cesse au delà d'être navigable. Cette navigation, au dire de Jérôme % consistait à traîner les bateaux au moyen de câbles d'une longueur déterminée : c'était une manière de mesurer la distance parcourue; les manœuvres chargés de cette besogne se relevaient alternativement, comme cela se pratique encore le long des canaux sur nos chemins de hâlage. Il ne faut pas s'étonner de ces détails; Jérôme n'a rien négligé pour acquérir une connaissance parfaite de l'Egypte dont il est si souvent question dans les livres saints ; il a étudié le pays, ses divisions, sa configuration, les habitants, leur caractère, leurs superstitions pour expliquer les châtitiments dont Dieu les menaçait par la bouche de ses prophètes. Après avoir traversé les plaines de Tanis baignées parla sixième branche du Nil, nos voyageurs arrivèrent à la ville de No *, qui avait pris à la place de ce nom celui d'Alexandrie.

Platon parcourait l'Egypte en interrogeant les savants, Jérôme ressemblait assez au fondateur de l'Académie ; or Alexandrie retentissait encore du nom et des leçons d'Origène qu'elle avait vu naître, pouvait-elle manquer de retenir notre saint au foyer naguère éclairé par cette grande lumière? la mort avait-elle tout éteint jusqu'au

' Comment, in Ésech., lib. IX, cap. xxx, id., p. 912.

* Idem, p. 911.

^ Comment, in Joëlem, cap. m, v. 18, id., p. 1367.

* Comment, in Esech., lib. IX, cap. x.vx, id., p. 912.

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