‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 164 sur 236 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

dernier rayon, lout étouffé jusqu'à la dernière étincelle? Le souffle, l'inspiration du maître avaient donc passé sur des ossements arides, car avant de se fermer à jamais ses lèvres défaillantes laissèrent échapper un vœu ; comme le poêle, ilavaitdit : Exoriare aliquisy souhaitant un successeur, quelqu'un qui continuerait son enseignement, cl porterait après lui le glorieux héritage de saint Pantène et de saint Clément d'Alexandrie. Ses désirs furent exaucés : un de ses disciples, un aveugle nommé Didyme, attirait autour de la chaire de son maître devenue la sienne un nombre infini d'auditeurs enthousiastes; <^ il joignait, dit M. Villemain % aux dogmes de la « théologie les souvenirs de la philosophie grecque, et « (juelque chose des sciences cultivées par Hipparque « et Plolémée. » La renommée avait déjà fait connaître Didyme à Jérôme qui, désespérant de trouver mieux, se mit, comme l'avons nous vu, à traduire son Traité sur l'Esprit- Saint.

La circonstance de son voyage en Egypte était trop favorable pour n'en profiler pas; notre docteur s'empressa d'aller voir l'illustre aveugle et de lui soumettre les difficultés qu'il avait renconlrées dans ses éludes sur les saints livres ^ Afin de prolonger ces entretiens, Jérôme demeura un mois à Alexandrie; il devint bientôt l'ami et le disciple de Didyme , comme jadis à Gonstantinople il avait été le disciple et l'ami de saint Grégoire de Nazianze. A quarante ans, avec sa réputation, ses connaissances, Jérôme ne rougit pas de redevenir enfant, dès qu'il trouvait une main mieux exercée, capable de le conduire plus avant dans le sanctuaire de la science'.

' Vii.LEMAiN, Tableau de l'éloquence chrcl., saint Jérôme.

* Comment, in Epist. ad Epltes., Piœfat., t. IV, pars 1, p. 319.

* Ep. XL!, ad Pamin. et Océan., iJ., pars 11, p. 3'«2.

Sur la prière de son nouvel ami, Didyme composa un Commentaire sur le prophète Osée, et Jérôme écrivit trois livres sous sa dictée'.

Dans ce commerce familier il apprit une foule de choses qu'il ne savait pas, comme il en fait l'humble aveu à son ami Pammachius, et celles qu'il savait se gravèrent plus claires et plus nettes dans sa mémoire. Toutefois, il se tint en garde contre les erreurs d'Origène qu'il avait déjà remarquées, et dont la trace se retrouvait aisément dans les leçons de Didyme^. Ils se séparèrent après avoir échangé les témoignages d'une affection réciproque. Jérôme continua sa route, emportant le meilleur souvenir de son séjour à Alexandrie; plus tard il se glorifiait d'avoir été disciple de Didyme le Voyant, comme il l'appelle, en donnant le nom des prophètes à l'aveugle qui avait embrassé tant de choses du clair regard de son intelligence. Il lui écrivit même, si nous en croyons Rufin% une lettre en signe de reconnaissance et de respectueux attachement.

Saint Jérôme et les moines d'Egypte.

La caravane poursuivit sa marche à travers les contrées désertes qui s'étendent au sud d'Alexandrie en remontant vers la haute Egypte, el après quelques jours

* Comment, in Osée, Praefat., t. 111, p. 1237. ' Ep. XLI, ad Pamm. et Océan., t. IV. p. 347. ' Idem, p. 342.

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