CHAPITRE VII. 3i
Peul-êlre Jérôme retrouva- t-il en Égyple quelquesuns de ces vieux sages; s'il ne put être témoin de leurs essais dans la vie monastique, il lui fut donné de la voir pratiquer dans toute sa perfection par les solitaires de la Nitrie. Mais là, comme partout ailleurs, l'esprit du mal était venu semer l'ivraie parmi le bon grain dans le champ du père de famille. Noire saint a divisé les moines d'Egypte en trois classes : les cénobites ou sauses, dans la langue du pays, les anachorètes, et ceux que l'on désigne sous le nom de remobolh' : « Ceux-ci n'ont de « remarquable que leurs vices et leur extérieur négligé. « On les rencontre deux ou trois ensemble, rarement en « plus grand nombre ; ils vivent à leur guise et fantaisie, « mettent en commun pour se nourrir une partie de ce « qu'ils gagnent, et habitent ordinairement les villes. « Comme si la sainteté consistait dans le travail et non « dans la vie, tout ce qu'ils vendent est censé d'un plus « grand prix. Il s'élève souvent entre eux des querelles, « parce que, vivant à leurs propres frais, ils ne suppor- « tent aucune autorité. Le jeûne est quelquefois pour « eux une cause de luttes, et d'une chose qui doit res- « ter cachée ils font un sujet de triomphes. Chez ces « moines, tout est affecté : leurs manches ouvertes, v( leurs chaussures trop larges, leurs vêtements sales, « leurs fréquents soupirs; ils visitent les vierges, disent « du mal des clercs, et, aux jours de fête, ils ne savent « garder aucune mesure dans leurs repas. »
A côté de ces moines indignes, qu'il faudrait exterminer comme la peste, dit saint Jérôme, il y a les cénobites en plus grand nombre ^ : « La première règle pour « eux est d'obéir aux anciens, car ils vivent en commun
' Ep. XVIII, ad Eustoch., id., p. 44.
* Idem, p. 45.
« et sont partagés en décuries et centuries, présidées « par un dizainier et un centenier. Jusqu'à la neuvième « heure, chacun demeure dans sa cellule, le dizainier va « seul donner ses conseils à ceux qui en ont besoin. « A la neuvième heure, ils se réunissent, on chante « des psaumes, on récite de l'Ecriture sainte; l'abbé « prend ensuite la parole au milieu d'un silence tel que « l'on ose à peine se regarder. Les exercices terminés, « la communauté se rend au réfectoire, chaque dizaine « est conduite par son président. Là, chacun sert sa se- « maine ; on ne fait point de bruit, personne ne cause u en mangeant ; la nourriture consiste dans du pain, des « légumes, des racines avec un peu de sel. Les vieil- « lards seuls ont du vin, souvent ils mangent avec les « enfants pour les former et se récréer eux-mêmes. « Après l'action de grâces, on prend quelque distrac- « tion dans des causeries pieuses ; les dizainiers conu soient les faibles, encouragent les fervents; comme la i< nuit, après les exercices communs, il faut encore « veiller dans sa cellule, ils font la ronde, écoulent « aux portes ce qui se passe à l'intérieur; s'ils surpren- « nent quelqu'un en défaut, ils n'en disent rien, mais ils (c lui rendent de plus fréquentes visites, et au lieu de le <c contraindre de force, par leur exemple ils l'habituent « doucement à la prière. Chaque jour on distribue de « l'ouvrage; le dizainier porte à l'économe le travail « achevé, tous les mois il en rend compte à l'abbé. Ce- « lui-ci goûte aux aliments, quand ils sont préparés ; « comme il n'est pas permis de dire : « Je n'ai pas de « tunique, de vêtement, de natte , » il règle tout de fa- « çon à ce que personne n'ait besoin de rien et par suite « n'ait rien à demander. Si quelqu'un tombe malade, « on le transporte dans un appartement plus vaste, où