CHAPITRE VII
(( les vieillards l'entourent de soins si délicats, qu'il n'a « point à regretter le bien-être des grandes villes, ni « même les soins de sa mère. Le dimanche est tout en- « tier consacré à la prière et à la lecture ; ce que l'on v< fait d'ailleurs en tout temps, lorsque l'on a fini sa tâche. « Il faut apprendre chaque jour un peu d'Ecriture sainte. « Le jeûne est le même toute l'année, excepté au ca- « rême où il est plus rigoureux : après la Pentecôte, « le souper se change en dîner, suivant la tradition, « et pour ne pas s'exposer à la fatigue d'un double « repas. »
Les anachorètes forment la troisième classe de moines ^ : « Us sortent des monastères et s'enfoncent dans « les déserts, n'emportant que du pain et du sel. Paul « est le premier qui ait mené cette vie, illustrée ensuite « par saint Antoine, et longtemps auparavant par saint « Jean-Baptisle. Ils tenaient encore à la terre, mais leur « existence n'avait plus rien de terrestre. » Un souffle divin ravissait leur âme aux régions supérieures et l'attirait vers le ciel, malgré le poids du corps, comme ces légers ballons de pourpre à peine arrêtés dans leur essor par la main tenace des enfants. Mais on n'arrivait pas du premier bond à cette hauteur^ : « Les généraux romains, « dit saint Jérôme, imitent Camille, Fabricius, Régulus, « Scipion ; les philosophes sont instruits par Pythagore, « Socrate, Platon, Aristote; les poêles marchent sur les « traces d'Homère, de Virgile, de Ménandre , de Té- « rence ; les historiens prennent pour maîtres Thucy- « dide, Hérodote, Tile-Live ; les orateurs se forment à « l'exemple de Lysias, des Gracques, de Démosthène, « de Cicéron; parmi nous, les évoques et les prêtres
* Ep. XVIII, ad Eustoch., id., p. 46.
* Ep. XLIX, ad Paulinuni, id., p. 565.
« suivent les pas des apôtres et de leurs disciples; nous « aussi, nous avons nos maîtres, Paul, Antoine, Hila- « rion, Julien, Macaire; à notre tête marchent Élie, « Elisée, les enfants des prophètes qui habitaient les « champs, les solitudes, et plantaient leurs tentes sur « les bords du Jourdain. » Il fallait donc, suivant notre docteur, se laisser conduire, avant d'essayer de se diriger soi-même dans la pratique de la vie monastique. « Sans maître', poursuit-il, on ne saurait apprendre au- « cun art. Parmi les poissons et les animaux, il y en a « qui mènent les autres; les abeilles ont leur reine, les « grues suivent la première avec un ordre merveilleux. u L'État a un empereur, chaque province a son juge. « Rome existait à peine, elle ne put avoir deux frères « pour rois, et le sang jaillit sur ses fondements; Jacob « et Esaii se battaient dans le sein de leur mère. Chaque « Église a son évêque, son archiprêtre, son archidiacre, « toute la hiérarchie ecclésiastique repose sur ses chefs. « Chaque vaisseau a un pilote, chaque maison un maître, <( et, dans une armée, quelque nombreuse qu'elle soit, « il n'y a qu'un seul homme pour commander. Tout cela « pour vous dire, ajoute saint Jérôme, qu'il ne faut pas « vivre à votre fantaisie, mais bien dans un monastère, « sous la règle de l'abbé, en compagnie d'autres moines. « Lui vous apprend l'humilité et vous habitue au silence, « eux vous enseignent la douceur et vous exercent à « la patience. On ne fait point là ce que l'on veut, on « mange ce que l'on sert, on revêt les habits qui vous « sont distribués; il faut s'acquitter du travail indiqué, « obéir à celui qu'on ne voudrait point pour maître, « se coucher bien las, se lever à la moitié de son som-
* Ep. XCV, ad Rusticum, id., p. 775.