‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 168 sur 236 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

« meil, chanter les Psaumes, chacun à son tour, avec « pieté , sinon d'une voix harmonieuse. Il faut encore « servir ses frères, laver les pieds des étrangers, souf- « frir les injures et se taire , craindre l'abbé comme « un maître, l'aimer comme un père, regarder tout ce « qu'il ordonne comme utile et salutaire, enfin ne pas « critiquer les anciens quand on ne doit soi-même « qu'obéir. »

Celte vie de communauté gagna toutes les sympathies de notre saint; il en parlait sans cesse avec éloge et rappelait à ce sujet un trait dont il avait été témoin * : « J'ai « vu dans un monastère d'Egypte un jeune Grec que « l'abstinence et le travail ne pouvaient délivrer des « tentations de la chair. Il était en grand danger. Le « père abbé le sauva par ce moyen : il ordonna à un « moine d'une gravité connue de chercher querelle à ce « jeune homme, de le poursuivre de ses injures et de « venir ensuite se plaindre le premier. On appelait des « témoins; ils parlaient en faveur de l'agresseur. L'of- « fensé protestait par ses larmes contre ces mensonges. « L'abbé prenait adroitement sa défense de peur de le « jeter dans le désespoir. Une année se passa ainsi : on « interrogea le jeune homme s'il éprouvait toujours les « mêmes attaques : « Mon Dieu, s'écria-t-il, je vis à « peine et je songerais à pécher ! » S'il avait été seul, « personne ne l'eût aidé à remporter la victoire. »

Pour Jérôme la vie du moine est déterminée par son nom. « Prenez le sens du mot, dit-il^; que faites-vous « dans la foule, vous qui désirez être seul? Si vous voui( lez être moine, pourquoi fréquentez -vous les villes? Un <( moine ne se reconnaît pas à ses discours, à ses voyages

« Ep. XCV. ad Rusticum, p. 774.

Ep. V, ad Heliod., id., p. 9.

« mais à son silence, à sa retraite' ? » Suivant notre saint, il ne peut être parfait dans sa patrie, voici pourquoi^ : « S'il n'y est pas eu honneur, il est exposé à de fréquents « outrages qui excitent son indignation, lui enlèvent le « calme de l'esprit, et par suite l'empêchent de marcher « d'un pas égal et assuré dans les voies de la perfection.» Cicéron avait essayé de retracer le portrait de l'orateur parfait; sans doute, il se regarda lui-même pour achever cette esquisse qu'il ne croyait pas exister en réalité, disait-iP, mais dont nous le soupçonnons d'avoir tout bas accepté la ressemblance. Faut-il lui en faire un crime? Devant ces belles pages encore humides, l'auteur est-il donc si coupable pour s'être laissé surprendre jetant un sourire de satisfaction au miroir qui lui renvoyait sa fidèle image? Jérôme avait beaucoup étudié les moines, il s'était exercé lui-même à leur genre de vie, pouvait-il manquer de céder aussi à la tentation d'ébaucher la figure d'un moine parfait? Il l'a représenté tel qu'il en avait conçu l'idée, tel qu'il l'avait rencontré dans les déserts de laNitrie ; en finissant son œuvre, peut-être y reconnut-il quelques-uns des traits qui le distinguaient lui-même à Chalcis et qu'il acheva de reproduire dans sa solitude de Bethléem. « Je veux, dit-il\ faire l'éducation et retracer <( le genre de vie d'un moine qui, après s'être formé à « l'étude des lettres pendant sa jeunesse, désire se sou- « mettre ensuite au joug de Jésus-Christ. — Et d'abord, « vaut-il mieux vivre seul que dans un monastère? Je « suis d'avis que vous choisissiez une communauté pour « ne pas être à vous-même votre maître, et pour n'en-

* Ep. XXXII, ad Domnionem, td.,p, 246.

* Ep. V, ad Heliod., loc. cit.

' Cicéron, de Oratore, 1, p. 3.

* Ep. XCV, ad Rusticum, t. IV, p. 7*2.

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