CHAPITRE I
nait à la lilléralure qui avait toutes ses affections K II divisait son temps entre ses différentes études et la plus large part était réservée pour la philosophie. Souvent le sommeil vint le surprendre lisant les Dialogues où Platon nous a laissé les traits éblouissants qu'il semble avoir dérobés à l'éternelle vérité ^ Qne de fois ne lui arriva-t-il pas de suivre le précepte d'Horace et d'ajouter aux heures du jour celles de la nuit, afin de parcourir ces pages sublimes, où, nouveau Promélhée, le fondateur de l'Académie, aidé des lumières de sa seule raison, tentait de ravir le secret des mystérieuses perfections de l'Etre suprême, et poursuivait de toutes les forces de son puissant génie son vol audacieux au-dessus des nuages qui obscurcissaient à sa vue la source infinie du vrai, du beau et du bien, qu'il eut voulu contempler dans tout l'éclat de leurs célestes splendeurs ! Jérôme étudiait encore les ouvrages de Diogène % deCarnéade, de Glitomaque, de Possidonius \ ces grands maîtres qui avaient formé Cicércn, et qui représentaient aux yeux de son admirateur les principaux chefs de la philosophie païenne. Traçant à Héliodore un rapide tableau de ses occupations ordinaires, Jérôme lui écrivait qu'il avait entre les mains X Introduction de Porphyre "^aux Catégories et les Commentaires d'Alexandre d'Aphrodisias^sur Aristote. Dans ces lectures, Jérôme suivait avec intérêt la marche de l'esprit humain à travers les siècles, il constatait les progrès ou les défaillances de la raison s'évertuant à la recherche de la vérité dont elle peut par ses seules forces saisir quelques traits ; il recueil-
' Kp. XXXV, ad noliorl. p:p. Nepot. Ici., p. 2G8.
- Apol. adv. Uni"., lib. 1H, id., p. \(ïh.
' Id., p. 409.
* Ep. XXXV, ad lloliod. Ep. Nrpot. /(/., p. 2(J8.
" Ep. XXXn, ad Uomnion. Td., p. 2i5.
lait avec soin ces précieuses étincelles, ces lueurs éparses, ces connaissances naturelles dont l'ensemble forme le domaine de l'ancienne philosiophie. Jérôme l'avait sérieusement étudiée, il la savait à fond, et par mille canaux il a fait passer celte science dans ses écrits, où elle répand la variété et la vie.
Par ces travaux assidus, par ces veilles prolongées l'antiquité païenne ne fut bientôt plus pour Jérôme qu'un immense palais, dont il connaissait toutes les issues, dont il avait parcouru les divers appartements et admiré les magnificences ; les cbefs-d'œuvre de Rome et d'Athènes lui étaient devenus familiers; mais, pour n'oublier rien de ce qu'il avait appris, pour avoir sans cesse sous la main les auteurs qu'il aimait, les ouvrages qu'il préférait, il consacra une partie de sa fortune à se former une bibliothèque choisie*. Il aurait pu dire, comme Montaigne : « Je ne voyage sans livres, « ni en paix, ni en guerre; toutefois, il se passera plu- « sieurs jours et des mois sans que je les emploie ; ce « sera tantôt, dis-je, ou demain, ou quand il me plaira. « Le temps court et s'en va cependant sans me blesser; « car il ne se peut dire combien je me repose et séjourne (( en cette considération, qu'ils sont à mon côté pour me « donner du plaisir à mon heure, et à reconnaître com- « bien ils portent de secours à ma vie : c'est la meilleure « munition que j'ai trouvée à cet humain voyage^ >> Poètes, orateurs, historiens, philosophes, tous trouvèrent une place dans la librairie de Jérôme, comme en celle de Montaigne, et pour peu qu'il justifiât ses titres de noblesse et ses droits à l'immortalité, nul n'avait à craindre de se voir honteusement rejeté. Mais semblable
* Ep. xvni, ad Eustoch. Td., p. 42.
* Essais de Montaigne, liv. III, ch. m, De trois commerces...