CHAPITRE VIII
habiter ce nouveau paradis terrestre'. Saint Basile comparait sa retraite aux îles Echinades qui arrêtèrent Alcméon^ Bethléem rendait à Jérôme le calme, la paix, le bonheur; lui aussi ne semblait-il point avoir ici-bas trouvé son Atlantide? Il s'y reposait heureux et tranquille, un moment oublieux des orages et de la tempête, car le voyage des Argonautes lui-même, si pénible dans la traversée, n'est plus qu'un songe pour Jason quand il arrive au but.
Cet état de choses durait depuis trois ans. Jérôme dirigeait avec une douce austérité ceux qui l'avaient suivi de Rome à Bethléem. On commençait à se trouver à l'étroit, car un grand nombre d'hommes et de femmes sollicitaient chaque jour la faveur de se joindre à la petite communauté. Paula fit alors remplacer les cellules par deux monastères', l'un destiné aux hommes sous la conduite spéciale de notre saint, l'autre réservé aux femmes dont elle se chargea sous la direction générale de Jérôme. Ce fut là sa mission, il n'eut pas autre chose à gouverner et l'Eglise de Bethléem ne le reconnut point pour pasteur, car jamais il ne consentit à accepter semblable ministère; il l'avait expressément demandé , et ne s'était fait prêtre qu'à condition de n'être attaché à aucune Église.
Guidée par saint Jérôme, Paula, de son côté, s'efforçait de mettre en vigueur à Bethléem les règles monastiques qu'elle avait étudiées en Egypte. Son monastère se divisait en trois parties formant trois communautés de jeunes filles de toutes conditions accourues des différentes provinces ^ « Elles étaient séparées pour travailler et
' Ep. XLIV, idem. « 0 quando tcmpus illud advenief, cum anhelus nuntium vialor apportet Marcellam nostram ad Palœslinae liUus appulsam ! »
* Voir ci-dessus : Saint Jérôme à Chalcis, p. 101.
* Ep. LXXXVl, ad Eustoch., t. IV p. 678.
* Idem, p. 081.
« pour manger, mais elles chantaient et priaient ensem- « ble. Après YAUeluia, signal de la collecte, aucune « d'elles ne pouvait s'absenter. Une des premières arri- « vées attendait les autres et les excitait au travail, non « par la crainte, mais par son exemple et par l'émulation. « Le matin, à la troisième, à la sixième et à la neuvième <( heure, le soir, au milieu de la nuit, on chantait une « parlie du psautier. Il fallait savoir par cœur tous les u psaumes, et chaque sœur devait tous les jours appren- « dre un peu d'Ecriture sainte. Le dimanche seulement, « elles se rendaient à l'église attenant au monastère. « Une mère conduisait chaque division et la ramenait, « puis elles travaillaient chacune à son ouvrage, et fai- « saient des vêtements pour elles-mêmes ou pour les « autres. Celles qui étaient nobles ne pouvaient amener « de compagne, de peur que le souvenir de leurs ancien- « nés libertés ne renouvelât par de fréquents entreliens « les folâtres ébats de leur enfance. Toutes portaient un « vêtement semblable , et ne se servaient de linge que « pour s'essuyer les mains. Une sœur venait trop tard « au chant des psaumes , une autre était nonchalante à « l'ouvrage; Paula avait recours à des moyens divers « pour les corriger. Excepté la nourriture et le vêtement, « elle défendait à toutes les sœurs de posséder rien en « propre. La douceur de son langage avait bientôt mis « fin à toutes les dissensions. Elle multipliait les jeûnes « pour calmer la fougue de celles qui étaient encore « dans l'emportement de la jeunesse; son air grave et « triste avertissait celles qui apportaient trop de soin à « leur toilette; enfin, une sœur se montrait-elle causeuse, « bavarde, arrogante, d'une humeur difficile, ne tenant « aucune compte des avertissements, Paula la mettait au « dernier rang , la séparait des autres , la faisait prier à