CHAPITRE VIII
« la porte du réfectoire et manger en particulier, pour « obtenir par la honte ce que n'avaient pu produire les <( remontrances. »
A tout moment, on retrouve là l'inspiration de saint Jérôme; au milieu de ses soins divers, il apportait une attention spéciale au monastère de Paula, et notre Dalmate, avec son âme aimante cachée sous une rude enveloppe, ne fait-il pas songer à saint François de Sales, qui n'avait gardé qu'un cœur pour aimer? Paula n'estelle pas la figure de sainte Jeanne de Chantai? Les vierges de Bethléem obéissant à saint Jérôme ne présagentelles pas l'évoque de Genève donnant des règles aux filles de la Visitation?
Cependant la communauté de Paula n'enlevait rien à la sollicitude dont notre saint docteur environnait le monastère soumis à sa direction particulière. Il eût voulu voir chacun des membres de cette famille spirituelle reproduire autant que possible l'image du moine parfait dont il avait conçu l'idée', car ce n'était pas assez pour lui d'imaginer de magnifiques théories, il fallait en faire l'essai, en démontrer les avantages par la pratique. Le grand nombre de moines qui accouraient se former à ses leçons et à ses exemples laisse à penser que tout allait au gré de ses désirs.
Il avait remarqué que dans les monastères d'Egypte, la règle exerçait les moines aux travaux manuels^ : M. de Montalembert nous les montre continuant les mêmes traditions pour devenir les pères de l'agriculture dans les forêts de l'Occident'. Les goûts de Jérôme étaient moins rustiques, il donnait à ses moines des occupations plus
' Voir ci-dessus : Saint Jérôme et les moines de Nitrie, p. 354.
» Ep. XCV, ad Rusticum, t. IV, p. 774.
•^ Les Moines d'Occident, introduction, cli. iv et à la fin du v.
uliles à l'Église et à la science en remplaçant la culture des champs par les travaux intellectuels. Pendant que d'autres peuplaient les déserts, défrichaient les bois, desséchaient les marais, les moines de Jérôme transcrivaient les anciens monuments de l'esprit humain, les livres de la sainte Écriture, les chefs-d'œuvre des Grecs et des Latins, et Rufin lui reprochait plus tard, comme un grand crime, d'avoir imposé à des hommes consacrés à Dieu l'accomplissement d'une tâche aussi profane*.
Le monastère construit par Paula ne suffit bientôt plus pour recevoir le grand nombre de visiteurs qui arrivaient en Terre-Sainte. Beaucoup de ces étrangers restaient à Bethléem. N'est-ce point là la tête de cette immense colonne de pèlerins qui pressent à travers les âges leurs pas vers Jérusalem, premiers apôtres des croisades, car ils revenaient en Occident, où leurs récits enflammaient le zèle des chrétiens contre les barbares qui commençaient déjà , du temps de saint Jérôme, à ravager la Palestine? Pour recevoir ces pieux voyageurs, notre saint fit bâtir une hôtellerie à côté du monastère ^ Plus tard , quand les grandes invasions augmentèrent le nombre des infortunés qui accouraient chercher un asile auprès de la crèche du Sauveur, les revenus manquèrent pour subvenir aux besoins de tant de monde : Jérôme ne demeura pas au-dessous de ces misères ; n'écoutant que sa charité , il envoya son frère Paulinien vendre à Slridon tout ce qui leur restait de propriétés, pour en consacrer le prix au soulagement des malheureux dépouillés par les barbares'.
^ Ruf. invectio, lib. 11. — Opéra llieron., pars 11, t. IV, p. 420.
* Ep. LIV, ad Pammach., id., p. 688,
^ Id. « Compulsi sumus fratrem Paulinianum ad patriam mittere, ut semirutas villulas, qua; barbarorum effugerunt manus, et parentum communium census venderet. »