‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 176 sur 236 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ces œuvres devaient nécessairement être accompagnées de soucis et de préoccupations graves, Jérôme y trouvait une distraction dans l'éducation de la jeunesse. Quelles douces heures il passait à instruire les enfants, à ouvrir ces jeunes intelligences aux lumières de la raison, à leur faire admirer ce qu'il y a de beau , de grand, de noble, de généreux dans les ouvrages de l'antiquité !

Rufin en fut scandalisé , il entrevit même la ruine du christianisme comme conséquence d'un pareil enseignement, et dans ses religieuses terreurs il jeta les hauts cris, accusant notre saint d'un crime irrémissible, celui de former des enfants chrétiens à l'étude des poètes de Rome et d'Athènes *. Jérôme avait depuis longtemps négligé ses études profanes, la voix de ses élèves récitant ses auteurs favoris réveilla les plus doux souvenirs dans l'âme du solitaire de Bethléem; en les entendant, les joies de son enfance lui apparaissaient, il écoutait le passé chantant dans son cœur l'hymne envolée de la jeunesse. C'était un chant qu'il devait reconnaître, un chant que je comparerais à la voix de ces figures amies dont on cherche à démêler les traits après une longue absence.

Au XV" siècle, un illustre 'pèlerin rentrait en France après un exil de deux ans. Il se relira à Lyon où ses dernières années se passèrent à enseigner à des enfants le catéchisme et les éléments de la langue latine; après la leçon, il les conduisait à l'église Saint-Paul, leur faisait entendre la messe, et leur apprenait tout bas à redire cette humble et touchante prière : « Mon Dieu, ayez pilié de votre pauvre serviteur Jean Gerson. » De nos jours, un autre moine, aussi grand que Gerson, nou moins ar-

* Rufi,ni invectivarum, lib. II, loc. cit.

dent que Jérôme , persécuté comme eux , mais comme notre Dalmate, consolé par de grandes amitiés, fortifié par de généreux dévoûments, n'oubliait-il pas les triomphes de l'éloquence et les applaudissements enthousiastes d'un peuple d'admirateurs pour se consacrer à la jeunesse qu'il aima toujours d'une affection si vraie, si profonde : la voix du solitaire de Sorèze s'éteignit, comme celle de l'ermite de Bethléem, au milieu d'un groupe d'âmes innocentes et pures, loin de l'envie dont il bravait en mourant les clameurs impuissantes.

Essais bio0ra.plTiiqu.es et géograpliiques de saint Jérôme.

Cicéron aimait l'éloquence avec passion , il y consacra sa vie et les forces de son intelligence; après ses discours et ses admirables traités sur la rhétorique , il ne crut pas avoir assez fait pour l'art oratoire, s'il n'affermissait ses enseignements par l'exemple et l'autorité de ceux qui avaient illustré la tribune, c'est pourquoi il composa son Brutus^ seu de claris oratoribus. De même Jérôme comprit que ce n'était pas assez pour lui de mener la vie monastique , de l'enseigner aux autres ; il l'avait point caché les faiblesses de quelques moines, il voulut aussi dire les grandeurs de ceux qui sont la gloire dumonachisme.AChalcis, il écrivait laVie de saint Paul, à Bethléem il fit la Biographie de saint Hilarion. Était-ce la même tactique qu'il employait encore pour calmer son âme inquiète et attacher davantage son cœur à la

Page 1