CHAPITRE Vil!. 37l
vie solitaire, par le si)ectaclc de ces vertus héroïques pratiquées dans la retraite, loin du monde et de ses tumultueuses distractions. Saint Jérôme se servit pour composer celle Vie de saint Hilarion, des documents qu'il avait recueillis dans l'île de Cypre, et surtout de ceux qu'il tenait de saint Épiphane lui-même qui avait vu et connu le solitaire *. Il a résumé dans quelques pages élégantes, un peu sèches peut-être, ce qui concerne la naissance, la retraite, les mortifications du saint anachorète : il s'est étendu plus longuement sur ses miracles, entre autres sur la guérison d'Aristénète, épouse d'Elpidius qui fut plus tard préfet du prétoire, et sur celle d'un officier de l'armée de Constantin. « La couleur de « ses cheveux et la blancheur de son teint marquaient « assez la province qui l'avait vu naître; sa nation oc- « cupe le pays situé entre les Saxons et les Alemans, « elle est plus remarquable par la puissance que par le « nombre. Les historiens lui donnent le nom de Ger- <v manie, elle s'appelle maintenant la France^. » Hilarion fut le premier à donner en Palestine l'exemple de la vie monastique, avant lui il n'y avait pas eu de moine en Syrie*, mais le bruit de sa réputation lui eut bientôt attiré un grand nombre de disciples, parmi lesquels il ne faut pas oublier Hésychius. Ennuyé de la renommée qui le poursuivait, et lui amenait une foule d'admirateurs dont la présence troublait sa retraite \ Hilarion se mit à voyager; il parcourut l'Egypte, la Libye, gagna la Sicile, poursuivi partout par la même popularité : « Mœ- « rehat quod tacente lingua de se , miracula loquerentiir. »
* Vita sancti Hilarionis, p. 74, t. IV, pars II, proloi;us.
* Ibidem, p. 78 et 81.
' Ibidem. « Necdum enim tum monasleria erant in Palœstina, nec quisquam monachum ante Ililarionem in Syria noverat. »
* Ibidem, p. 88.
Enfin, il se réfugia dans l'île de Cypre, où la mort \int mettre un terme à sa longue pénitence.
Après avoir écrit la Vie de ce grand anachorète qui fut en Palestine ce qu'Antoine avait été en Egypte, Jérôme voulut fixer sur le papier et léguer à la postérité un de ses plus doux souvenirs ; il se rattachait encore à la vie monastique, c'était la légende de saint Malch, qu'il avait entendue de la bouche du héros lui-même.
Ces biographies n'étaient que des essais, au dire de notre saint lui-môme*. « Ceux qui doivent bientôt pren- « dre part à une guerre maritime, s'habituent auparar- « vaut dans le port à gouverner et à ramer; on prépare « les ancres et les grappins; les soldats, disposés sur le <c pont, s'accoutument à se tenir fermes, malgré le roulis « et le tangage, afin de ne pas craindre à l'heure du u combat ce qu'ils ont appris à l'exercice. J'en fais au- « tant; après avoir longtemps gardé le silence, je m'es- « saye à ce petit travail pour refaire mon style, un peu (( rouillé dans ce repos, et me remettre en état d'entre- (( prendre un travail plus étendu sur l'histoire. Si Dieu u me prêle vie, si mes ennemis me laissent en repos et ne (( viennent point troubler ma retraite, je voudrais retra- K cer l'histoire de l'Eglise depuis la naissance du Sau- « veur jusqu'à nous, depuis les apôtres jusqu'à notre « malheureuse époque, dire son origine, son développe- « ment, ses persécutions, ses martyrs, la montrer riche « et puissante sous les princes chrétiens, mais en môme « temps moins féconde, moins éclatante de vertus. ^) C'était un beau sujet, le Ihème d'un magnifique ouvrage; Jérôme en avait déjà jeté les fondements dans sa Chronique, dont les grandes lignes marquaient le plan de l'édifice, tandis que les faits divers ressemblaient aux
* Vitasancli Mnkhiyid.,]}. ^0.