‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 178 sur 236 · CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll

pièces détachées d'un squelette. Il ne restait qu'à donner la vie à ces ossements arides. Quel souffle l'âme impétueuse de notre Dalmale n'y eût-elle point fait passer? Malheureusement il ne put accomplir son dessein, différentes occupations vinrent le distraire, des besoins plus pressants détournèrent son attention et la portèrent sur d'autres objets.

Philon avait publié un livre des noms hébreux avec leur élymologie et leur explication*. Cet écrit était fort estimé des Grecs, on le trouvait dans toutes les bibliothèques; Jérôme voulut le traduire, mais les exemplaires étaient si différents, l'ordre des matières paraissait si bien inlerverti, qu'il se décida à refaire entièrement l'ouvrage, sur la prière de deux moines de son couvent, Lupulianus et Valérianus % « qui me putant aliquid in hebreœ linguœ notitia profecissey » ajoute notre saint avec une naïveté charmante. Le sujet lui paraissait nouveau, intéressant et digne à tous égards de la peine que l'on prendrait à chercher l'étymologie des noms propres de personnes et de villes, de rivières et de montagnes. Tl y a, en effet, quelque avantage à savoir le sens de ces noms, car parfois ils peuvent servir à expliquer certaines allusions, certaines comparaisons. Je suis heureux de savoir, par exemple, que Jésus veut dire Sauveur \ que Céphas est synonyme de Pierre ; mais qu'Élisa me fasse entendre Dieu sauveur, Nemrod tyran, Japhet largeur, Mageddo tentation, en serai-je beaucoup plus avancé? Cela vaut-il la peine qu'on s'écrie^ : « J'ai re- « bâti le vieil édifice, les Grecs eux-mêmes m'en sauront

' Prœfat in lib. Nominum hehraic, t. II, p. l

- Ibid. <c Us croient que j'ai fait quelques progrès dans la connaissance de l'hébreu. »

^ De nominibus liebr., id., p. 20, G5, C9, 14. * Prœfat. in libriim Nominum hebr., loc. cit.

« gré. » Je veux bien croire à l'édifice, mais qu'on ne me force pas d'y entrer, je n'y vois goutte.

Le livre De la situation et des noms des lieux hébreux nous semble plus utile et mériter un peu d'attention*. « Eusèbe, dit saint Jérôme, avait réuni les noms de villes, « de villages, de fleuves, de montagnes et autres lieux « qui se trouvent dans la sainte Écriture; il indiquait la « position de ces lieux, il marquait les noms que l'on « avait changés, modifiés, ou bien conservés. J'ai voulu « marcher sur les traces de ce grand homme, poursuit « notre saint, et je me suis donné la peine de la tra- « duire. » Ce travail, on le voit aisément, se rattache au voyage de Jérôme en Palestine dans la compagnie de ces Juifs dont la science devait compléter les explications d'Eusèbe. C'est un petit dictionnaire géographique pour aider à l'intelligence des saints livres : comme tous les ouvrages de ce genre, il est bon d'y avoir recours, il offre des détails intéressants, des recherches étymologiques, des notes historiques touchant la conquête des Romains, quelques citations empruntées aux anciens ; nous aurions désiré les voir présentées avec certains développements et surtout les rencontrer en plus grand nombre.

Jérôme s'était fait une haute idée de son Traité des questions hébraïques^: « Opus novum ^ disait-il, et tam u Grœcis quam Latinis usque ad id locorum inauditum. » Horace n'était pas plus fier quand il s'écriait à propos de la satire ^ :

Libéra per vacuum posui vestigia princeps, Non aliéna meo pressi pede.

' Prœfat. in lib. De situ et nom. hebr., t. II, p. 382. * Prœfat. in lib. Hebr. qnmt., t. Il, p. 506. » Epîtrex, liv. I, xix v. 21.

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