‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 179 sur 236 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Notre Dalmate ajoutait, craignant peut-être d'avoir cédé à un petit mouvement de vanité* : « Je neveux pas « exaller mon travail, mais je sais ce qu'il m'a coûté de « sueurs, c'est pourquoi j'engage ceux qui ne le con- « naissent pas à le lire. » Hélas! en cette affaire, Jérôme ne grossit-il pas le nombre de ceux à qui le poêle adressait ces vers ^ :

Ploravêre suis non respondcrc favorem Speratum meritis ?

D'ailleurs lui-même n'a point tenu sa promesse^ : « J'essaye, dit-il, de réfuter les erreurs de ceux qui atta- « quent certains passages de l'hébreu, de rendre à leur « intégrité première les textes altérés dans les exem- « plaircs grecs et latins , de donner les étymologies des « choses, des noms et des pays qui n'ont pas de sens « dans notre langue et de les expliquer au moyen de « l'hébreu. » Ce programme est bien vaste; saint Jérôme n'a fait qu'y toucher dans les questions qu'il nous a laissées sur la Genèse. Il avait le dessein de soumettre toute la sainte Ecriture à ce travail de haute critique. Nous n'avons point l'ouvrage : le temps l'a-t-il emporté comme tant d'auires au milieu de ses ruines? Saint Jérôme ne préféra-t-il pas mettre son livre en pièces et renvoyer ces questions dans ses Commentaires, aux passages qu'elles doivent élucider?

Ces essais géographiques se rattachaient ainsi par quelque lien aux études de saint Jérôme sur les livres saints, car il ne les abandonnait qu'à de rares intervalles et jamais complètement. Une de ces interruptions lui fut

* Prœfat. in lib. Hebr. quœst., loc. cit.

* Epitres, liv. II, i, v. 9.

* Prœfat, in lil). Ileir. quœst., loc. cit.

causée par Dexter', qui après avoir été préfet duprétoire, avait charmé ses loisirs en composant une Histoire universelle : il demanda à notre saint une biographie des hommes les plus célèbres dans l'Église ^ Jérôme se prêta d'autant plus volontiers à ce travail que ces recherches allaient parfaitement à ses goûts et qu'en s'y livrant il réunirait des matériaux pour son projet d'Histoire de l'Église. D'autres avant lui avaient écrit des Vies d'hommes illustres, Hermippe, Anligone, Satyrus chez les Grecs; chez les Latins, Varron, Cornélius Népos et Suétone ; mais il se trouvait en présence de difficultés qui n'existaient pas pour ces auteurs *. « En consultant les historiens « et les annalistes, dit-il, ils ont paru cueillir dans une « immense prairie les fleurs dont ils ont tressé une petite « couronne. Que puis-je faire, moi? j'ouvre la voie, je <( serai pour moi-même, comme on dit, un fort mauvais « maître. Je n'ai entre les mains que les dix livres « de YHistoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée, et les « ouvrages des auteurs dont je vais parler; ils m'ap- « prennent, il est vrai, assez souvent l'époque où vi- « vaient ceux qui les ont écrits. »

Jérôme consacre dans son livre une notice biographique à chacun des hommes qui ont jeté quelque éclat dans l'Eglise pendant les trois premiers siècles, il parle même de quelques-uns de ses contemporains. Il y a donné place à Philon, à Josèphe, à Juste de Tibériade et à Sénèque; parmi les hérétiques nous y remarquons Tatien, Bardesane, Novatien, Donat, Photin et Eunomius. Notre savant docteur avait lui-même étudié les écri-

' Apol. adi: Ruf., lib. II, p. 419, t. IV, pars H.

' Ibid. « Cum Dexter amicus meus, qui prtBfecturam administravit praetorii, me rogasset ut auctorum nostrœ religionis ei indicem texereni. » * ProloQus in lib. De viris illusl., id., 98.

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