CHAPITRE VIII
vains qu'il croyait dignes d'attention, ou bien il les connaissait assez pour ne pas craindre d'avancer sur eux une opinion injuste ou mal fondée : s'il en a laissé quelquesuns dans l'oubli, Athénagore par exemple et Hermas, c'est sans doute parce que, faute de documents, il ne voulait pas les juger à l'aventure. Ce travail est le premier essai de dictionnairebiographique, son utilité est incontestable; il faut l'estimer en raison des fruits qu'on en retire, et ne point s'arrêter à l'apparence sèche et aride, car c'est une œuvre d'érudition àlaquelleon aurait seulement demandé d'élargir ses horizons, pour nous donner une vue plus claire et plus nette des actions, des doctrines de ces grandshommes. Tel qu'il est, celivre précieux est une magnifique réponse à ceux qui reprochaient aux chrétiens de ne compter dans leurs rangs aucun j)ersonnage distingué par son origine, sa fortune et sa science. Gécilius parle en ce sens dans le Dialogue de Minutius Félix ', et la même accusation fut renouvelée par Gelse, Porphyre, Julien et Jamblique% « ces chiens enragés, « disait Jérôme dans son rude langage, qui ne cessent « d'aboyer contre nous. » Pour leur imposer silence, notre saint étale à leurs yeux la longue chaîne des grands noms qui ont illustré le christianisme pendant les trois siècles qui viennent de s'écouler; puis quand il les a tous énumérés avec une légitime complaisance, quand il a fini d'en dresser la glorieuse liste, pour la clore il ajoute fièrement le sien, et certes ce n'est pas le joyau le moins précieux de ce magnifique écrin. De ceux qu'il a comptés parmi les hommes illustres, plusieurs sont aujourd'hui pour nous ensevelis dans l'ombre et dans l'oubli, mais les injures du temps et les attaques de quelques Zoïles
' De Pressense, IHst. des trois premiers siècles de l'Église, t. Il, 2« série. * Prologus, loc. cit.
ont passé sans porter atteinte à la gloire de Jérôme; son nom brille toujours dans l'histoire de l'Eglise resplendissant d'une double auréole de science et de sainteté.
Saint Jérôme et sa. polérïiiq:u.e. — Sa. corresponcia.noe.
A Rome, au premier cri de guerre, tout citoyen prenait les armes et courait offrir à la république menacée le secours de son bras et de sa valeur. Jérôme est dans l'Eglise le fidèle représentant de cet esprit romain, il est la personnification de ce génie des batailles qui semblait dire à la naissance de chacun des fils delà cité de Romulus: natus ad arma. Notre Dalmate aussi était né pour les armes : au premier signal, il descend dans l'arène, à la moindre alarme il accourt sur la brèche : que lui importe le nombre de ses ennemis? Regarde-t-il à leur rang? s'inquiète-t-il de leur origine? 11 peut lui arriver de ne pas les connaître, de ne les avoir jamais vus, de ne pouvoir dire comme d'Helvidius, s'ils sont blancs ou noirs. Qu'ils portent atteinte au dogme comme Pelage, qu'ils se raillent d'un point de discipline comme Vigilance, qu'ils entendent la morale à la façon d'Epicure, comme Jovinien, en a-t-il souci? n'est-il pas toujours armé de toutes pièces? De quelque nature que soit l'erreur, il l'attaque avec connaissance de cause, la poursuit avec la même ardeur, la réduit en poussière avec le même acharnement. L'Orient ne lui suffit point, c'est un champ de bataille trop étroit