‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 184 sur 236 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

« peut subsister sans que l'on craigne de la voir porter « préjudice à une autre. Par exemple : si tous se font « philosophes, il n'y aura plus de laboureurs. Et pource quoi ne parler que des laboureurs? L'éloquence, le u droit, les autres arts, vont aussi disparaître. Si chacun « est prince, qui sera soldat? As-tu peur, si la virginité de- « venait à la mode, de ne plus rencontrer ni prostituées, (( ni adultères? Crains-tu que l'on n'entende plus de va- « gissements ni dans les villes ni dans les campagnes? « Tous les jours on punit la violence , on condamne « l'adultère, et cependant la passion règne encore mal- « gré les lois, les bourreaux et les juges. Bannis donc « tes frayeurs : tous ne resteront pas vierges, la virginité « est difficile à garder, c'est pour cela qu'elle est rare. » La délicatesse de notre langue ne nous permet pas de traduire ce qu'il dit à propos de la gourmandise : ses tableaux sont d'une énergie étonnante qui rappelle souvent Tertullien , mais on est tenté de fermer les yeux pour ne pas tout voir*, de détourner la tête pour ne pas tout entendre ^ Nous regrettons de trouver à la fin du second livre quelques attaques personnelles trop violentes : il n'était nullement nécessaire de nous montrer Jovinien à la tête d'un troupeau de ces animaux qu'on ne nomme point' et de faire arriver leurs grognements à nos oreilles. Je l'aime mieux quand il s'écrie à la der-

' « Cum variis nidorlbus fumant patina?, ad esum sui, expleta esurie, quasi captives Irahunt. Unde et morbi ex nimia saturitatc concitantur; multiqne impatientiam gulœ vomitu remediantur, etquod turpiter ingesserunt, turpius egerunt. » Adv. Jovinianum, lib. II, p. 204.

* « Nihil enim ita ol)ruit animum, ut plenus venter et exœsluans, et hue illucque se vertens, et in ructus vel in crepitus ventorum efflalione respirans. Quale iilud jcjunium, aut qualis illa rcfectio post jcjunium, cum pridianis epulis distendimur, et guttur nostrum meditatorium efllciiur latrinarum? » Adv. Jovinianum, liv. Il, p. 205.

^ « Nunc restât ut Epicurum nostrum subantem in hortulis suis iiiter

nière page * : « Les nobles te cèdent le pas, les riches « le prodiguent leurs hommages : sans toi, les ivrognes « et les gourmands n'auraient pu entrer en paradis. « Prends courage, et surtout n'aie pas peur du crime.... « Attaque-moi, maltraite-moi, reproche-moi tous les « excès, accuse-moi de luxe et de débauche , tu m'en « aimeras davantage si je suis tel, car je serai de ton « troupeau.

« Ah ! Rome ! poursuit le saint docteur emporté par « un magnifique mouvement d'éloquence, ville puisse santé, ville maîtresse du monde, ville célébrée par « l'Apôtre, comprends donc la signification de ton nom! « Prends garde à Jovinien , son nom est celui d'une « idole. Le Capitole est en oubli, les temples de Jupiter <c sont tombés, ses cérémonies ont passé, pourquoi son « nom et ses vices sont-ils encore en honneur? Sous tes « rois, sous Numa Pompilius, tes ancêtres firent meilleur « accueil à la continence de Pythagore, que sous les con- « suis à la mollesse d'Épicure. »

. Ainsi donc après avoir fait quelques réserves, nous regardons ces deux livres comme dignes de notre admiralion. Malheureusement, il n'en fut pas ainsi à Rome : des laïques et des clercs, des savants et des ignorants, s'emparèrent de l'ouvrage dès qu'il parut, et ils reprochèrent amèrement à l'auteur de ne pas assez respecter le ma-

adolescentulas et mulierculas, alloquamur. Pavent tibi crassi, nitidi, dealbati. Adde, si vis, juxta Socraticam irrisionem, omnes sues, et canes, et quia carnem amas, vultures quoque, aquilœ, acciplUes et bubones. » Idem, p. 226. * « Habcs in exercitu luo pluies succenturiatos ; habes scurras et veiites in praesidiis, crassos, comptes, nitidos, clamatores, qui te pugnis calcibusque défendant. Tibi cedunt de via noblles, libi osculantur divites caput. Nisi enim tu venisses, ebrii atque ructantes paradisum intrare non poterant. Macte virtute, imo vitiis... Me carpe, me disjice, objice crimina quœ volueris, argue luxuriœ et deliciarum. Magis me amabis, si talis fuero, ero enim de armento tuo. » Idem, p. 228.

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