CHAPITRE VIII
riage. Il y avait entre autres un moine hargneux qui s'en allait d'ici, de là, dans les cercles, dans les assemblées, dans les réunions de femmes, attaquant Jérôme et déchirant ses écrits. Pammachius défendit énergiquement son ami contre ces critiques, enfin de guerre lasse, il réunit les différents exemplaires qu'il put trouver des livres contre Jovinien , et les renvoya au solitaire de Bethléem, avec une lettre pour l'engager à corriger certains passages et à donner une explication plus nette de quelques autres. Domnion écrivit dans le même sens à Jérôme, il lui parlait ensuite de ses détracteurs et surtout de ce moine dont nous venons de dire l'acharnement.
Quel que fût le désir de notre saint d'accéder aux vœux de ses amis, et d'apporter à son ouvrage les corrections indiquées, la publicité donnée à cette réfutation rendait de sa part une pareille condescendance impossible. Aussi répondit-il à Pammachius * pour lui témoigner son regret de ne pouvoir faire ce qu'on demandait , car comme dit Horace^ : Nescit vox missa reverti. Mais à défaut de changements, il accompagna sa lettre d'une apologie de ses livres contre Jovinien *, pour protester qu'en louant la virginité, il n'entendait nullement déprécier le mariage, qu'il avait scuiement voulu montrer combien le premier état l'emporte sur le second. Dans une autre lettre il remerciait Donnion de prendre sa défense^; c'est en même temps une violente satire à l'adresse du moine qui l'attaquait , et il n'épargne pas plus cet adversaire qu'il n'avait jadis ménagé Onasus. Après avoir épuisé contre lui les traits de la raillerie et
' Ep. XXXl, ad Pammachiuni, t. IV, p. 243.
' Horace, Art poét., v. 390.
^ Ep. XXX, Apol. pro lib. adv. Jovin., t. IV, p. 229.
* Ep. XXXII, ad Domnionem, id., p. 244.
du sarcasme, il le provoque à la lutte, à la discussion. « Il comprendra alors, dit saint Jérôme, qu'on ne parle « pas au forum comme dans un salon ; qu'autre chose « est de bavarder sur les dogmes de la religion , au mi- « lieu des fuseaux et des quenouilles, autre chose d'avoir « affaire à des hommes sérieux. — S'il ne veut pas écrire, « aimant mieux s'en tenir à la médisance, qu'à travers « les terres, les mers et les peuples qui nous séparent, « il entende au moins l'écho de mes paroles : « Non, je « ne réprouve pas les noces, non je ne condamne pas le « mariage. »
SAINT JEROME ET LES ORIGENISTES. — RUFIX. — JEAN DE JERUSALEM. THÉOPHILE D'ALEXANDRIE.
Nous avons compté la présence de Rufin en Palestine parmi les raisons qui déterminèrent saint Jérôme à se fixer à Bethléem. L'amitié qui les unissait était une fleur de leur jeunesse, l'absence n'avait pu la faner parce qu'elle avait ces racines profondes dans une môme passion pour la retraite , un même goût pour l'étude. Jérôme et Rufin nous font songer à Bossuet et à Fénelon ; l'union de ces grands hommes s'évanouit au feu des discussions théologiques, et Origène provoqua une rupture dont madame Guyon devait plus tard renouveler le triste exemple.
Nos deux solitaires professaient une admiration égale pour le génie du prêtre d'Alexandrie, et Jérôme avait à différentes reprises hautement exprimé ses sen-