‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 186 sur 236 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

timenls : à Constantinople il traduisait les Homélies du savant commentateur, à Rome il écrivait ^ : « Var- « ron chez les Latins, Chalcentérus chez les Grecs, pas- « sent pour avoir beaucoup écrit. Qu'est-ce que Varron? « Qu'est-ce que Chalcentérus auprès d'Origène? Qui K pourra jamais lire autant d'ouvrages qu'il en a com- « posé? Et pour tant de travaux quelle récompense a-t-il « reçue? L'évêque Démétrius l'a condamné : la Pales- « tine, l'Arabie, la Phénicie, l'Achaïe rejettent cette sen- « tence, à Rome on y souscrit. On ne reproche pas à ce « grand homme d'être novateur, d'être hérétique, comme « quelques chiens enragés veulent bien le dire aujour- « d'hui, mais on ne pouvait supporter ni son éloquence « ni sa science, et quand il parlait tous les autres parais- « saienl muets. » On le voit, Jérôme était dans toute la ferveur de son enthousiasme; à mesure qu'il avança dans l'élude d'Origène, il remarqua l'ivraie qui se mêlait au bon grain, et sans cesser d'admirer ses écrits, il sut se tenir en garde contre ses erreurs. Jérôme touchait aux ouvrages d'Origène comme ces oiseaux qui planent audessus des mers dangereuses où leur aile se mouille et ne s'alourdit point. Rufin, au contraire, semblait tout accepter sans réserve, et pour dire son appréciation sur son maître, lui aussi n'eût peut-être trouvé que ces mots : Beau, admirable, sublime.

Tel était l'état de ces deux esprits, quand un certain Alerbius, passant à Jérusalem, s'avisa de faire un crime à Rufin de ses sentiments pour Origène, il enveloppait Jérôme dans la même accusation ^ Celui-ci répondit et déclina toute espèce de parenté avec Origène en ce qu'il pouvait y avoir de contraire à l'orthodoxie dans les

' Ep. XXIX, ad Paulam, SancH Hieron. Opéra, t. IV, p. H, p. C7. * Adv. Uuf. lib. III, t. IV, p. 4G6.

leçons du savant professeur. Celte déclaration mécontenta Rufîn; retiré dans sa cellule, il ne voulut même pas voir celui qui l'avait attaqué, pour éviter l'alternative de condamner ce qu'il approuvait au fond, ou d'encourir par sa résistance la note d'hérétique. Aterbius dut au plus tôt prendre la fuite, sans quoi Rufin lui eût fait sentir le poids des arguments dont l'avare de Plaute se servait pour hâter les pas de sa vieille servante *. Ce fut la pre mière atteinte portée à cette amitié dont tous les chrétiens avaient entendu parler, et qui, au dire de saint Augustin, comblait de joie les fidèles de toutes les Eglises. Là ne devait point s'arrêter le débat, il se changea bientôt en guerre ouverte qui suscita bien des troubles, et entre les deux partis, des haines implacables.

Origène était l'homme du moment. Africain comme TertuUien, doué comme lui d'un vaste génie, d'une imagination puissante, et surtout possédé de cette passion pour l'étude qui est le propre des grandes âmes, il devint bientôt une des lumières de l'Eglise orientale. Ce soleil n'était pas sans ses taches. Origène passait pour avoir enseigné différentes erreurs % entre autres la préexistence des âmes, la conversion des démons; il n'acceptait pas la résurrection des corps dans le sens catholique, regardait le paradis terrestre comme une allégorie et non une réalité : enfin selon lui, Adam et Eve ressemblaient d'abord aux anges, les tuniques de peaux signifient les corps dont Dieu les revêtit après leur faute. L'hérésie dans Origène ne fut jamais que matérielle, car, à différentes reprises, il souscrivit d'avance aux propositions que l'on

' PhxvTE, Aiilularïa, scène i, v. 10 :

Fustera cepero aut sliinulum in nianuni, Testudineum istum tibi ego grandibo gradum.

» Adr. Ruf., lib. II, t. IV, p. 403.

Page 1