CHAPITRE VIII
tout ce que Jean venait de dire contre l'anthropomorphisme, mais il demanda, en retour, que le patriarche se prononçât de la même façon contre les erreurs d'Origène. Jean n'en fit rien; mais, pour se venger, il suscita tant d'ennuis à son hôte, que celui-ci fut contraint de chercher un asile auprès de saint Jérôme. Les bons religieux de Bethléem, épouvantés de ces débats, et redoutant d'avance le ressentiment de Jean, prièrent l'évêque de Salamine de retourner à Jérusalem et d'essayer de calmer le patriarche. Il fut si mal reçu qu'il dut immédiatement revenir sur ses pas, malgré l'heure avancée de la nuit. Epiphane se fixa dès lors à Bethléem, et tous les moines prirent parti pour la cause catholique qull défendait*. En même temps Rufin se détachait entièrement de Jérôme, car à la fin de son Apologie de Pamphiley qu'il terminait à ce moment, il déclara non-seulement suivre le parti de Jean, mais encore n'avoir d'autre foi que celle de l'évoque de Jérusalem.
Un nouvel incident vint encore envenimer la querelle. Après la fuite de saint Epiphane, le monastère de Bethléem se sépara de la communion de Jean; mais ils n'avaient aucun prêtre pour administrer les sacrements, puisque Jérôme et Vincent, retenus par une religieuse terreur, n'osaient célébrer les saints mystères. Tout le monde présentait Paulinien comme digne d'être promu au sacerdoce; aussitôt il prit la fuite pour se soustraire à cet honneur. Cependant l'année suivante, en 395, on l'envoya, sous un prétexte quelconque, à Eleuthéropolis, où se trouvait alors saint Epiphane : ce n'était plus un lieu soumis à la juridiction de Jean, l'évêque de Salamine y avait construit un monastère pour recevoir les
' Adw Joan. Hier.., id., p. 31 i. — Le Nain di: Tii.i.kmo>t, art. LXVII. — Vallarsii et Maff m, Yita Uieron. cap. xxiv.
étrangers. C'est là que saint Epiphane, considérant les besoins des moines de Bethléem, satisfait d'ailleurs du bon témoignage que tous rendaient à la vertu et à la science de Paulinien , l'ordonna d'abord diacre , puis prêtre*. Jean fut irrité de ce fait, qu'il croyait avoir quelque raison de regarder comme une violation de ses droits, une injure à son autorité; il s'en plaignit hautement dans une lettre qu'il adressait à Théophile, patriarche d'Alexandrie. De son côté, Jérôme écrivit au même prélat, pour répondre à tout ce que l'on reprochait dans l'ordination de son frère, et surtout à la question de juridiction, qu'il pensait n'exister plus, dès lors qu'Eleuthéropolis ne dépendait pas du patriarche de Jérusalem ^
La conduite de Jean, son refus opiniâtre de donner une profession de foi claire et nette, les troubles dont il était cause, les tribulations de toutes sortes qu'il suscitait aux moines de Bethléem, tout cela amena une rupture complète entre le monastère et le patriarche; cette rupture fut provoquée par saint Epiphane et saint Jérôme, car notre Dalmate ne savait point garder de ménagements avec ceux dont il suspectait l'orthodoxie. La colère de Jean ne connut plus de bornes, il poussa sa vengeance jusqu'aux dernières limites, accusa Jérôme de déchirer l'Eglise, de se créer une autorité à lui ; puis il le traita de sacrilège, l'excommunia, et lui défendit même l'entrée de l'église de Bethléem K Jean alla jusqu'à solliciter l'exil de l'ermite* : « Il a demandé et obtenu « mon exil, dit notre saint; plût à Dieu que son désir se « fût accompli ! » Jean s'était adressé à Rufin, ministre
* Id. Adv. Joan. llierosol., id., p. 332.
'- Ep. XXXIX, ad Theoph. adv. Joan. Hier., id., p. 337. ^ Ep. XXXVni, ad Pamm. adv. Joan. Hier., id., p. 333.
* Ep. XXXIX, ad Theoph., id., p. 339.