‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 190 sur 236 · CHAPITRE viir · texte numérisé non relu

CHAPITRE viir

tance du patriarche. Ces événements se passaient à l'approche des fêtes de Pâques. Sur ces entrefaites, on vit arriver un nouveau pacificateur annoncé depuis deux mois : Isidore, prêtre d'Alexandrie, avait été chargé par Théophile de mettre fin aux discordes qui troublaient toute la Palestine. Ce patriarche ne devait exercer aucune influence dans ces affaires, parfaitement en dehors de sa juridiction; cependant il s'y trouva mêlé, soit que Jean eût réclamé son intervention, soit qu'il s'offrît en qualité de simple médiateur. Toutefois, à cette époque, il favorisait l'origénisme, et l'on disait même qu'il avait écrit au pape Sirice des lettres où il accusait saint Epiphane comme hérétique entaché d'anthropomorphisme, comme schismatique, parce qu'il avait ordonné Paulinien^ « Pourquoi, dit saint Jérôme % s'adresser à Théo- K phile, qui n'a rien à voir en Palestine, plutôt qu'au « métropolitain de Césarée, plutôt qu'au patriarche d'An- « lioche, qui était le chef de l'Eglise d'Orient? » Rufin avait exploité tous ces antécédents, et commencé par indisposer Théophile contre noire saint, à l'occasion d'un certain évêque d'Egypte, nommé Paul, renvoyé par le patriarche d'Alexandrie, et qui avait trouvé un asile au monastère de Bethléem. Rufin présenta ce fait comme une injure à l'autorité de Théophile, et il l'irrita si bien par ses menées, qu'il l'empêcha de recevoir les lettres que lui écrivait saint Jérôme. Telles étaient les dispositions de Théophile, quand Isidore s'offrit en son nom pour rétablir la paix et la concorde. C'était un homme à brouiller tout en réglant tout : origéniste dans l'âme, dévoué à Jean et attaché à Rufin, depuis longtemps il avait promis de vaincre les résistances de Jérôme et de

* Vallarsii et Maik*;i, Vita Jlieron., cap. xxviii. - Ep. XXXVlll, ad Pamm., Vd., p. 330.

ses adhérents : appuyé sur Origène, qu'il appelait pompeusement : petra fidei, il complaît venir aisément à bout d'une poignée d'ignorants*, comme il appelait les moines de Bethléem. Tel était l'homme qui devait enlever tout ferment de discorde. Il fut bien accueilli par Jean, mais Jérôme lui demanda d'où il tenait ses pouvoirs, et repoussa toute négociation jusqu'à ce qu'il eût montré les lettres attestant la mission dont il se disait chargé ^ En face de cette fermeté, il dut se retirer sans avoir pu rien conclure', et Jean lui remit pour Théophile une apologie qu'Isidore avait dictée lui-même. Par les soins du patriarche, cette apologie fut répandue en Orient et en Occident. Jean s'y posait en victime de saint Epiphane, se disait attaqué par lui sans aucun motif, nullement à cause d'Origène ; il présentait ensuite Jérôme et ses moines comme des hommes factieux, comme des ennemis publics ^ Cet écrit elles insinuations perfides d'Isidore firent une fâcheuse impression sur l'esprit de Théophile : il vit avec un vif déplaisir que Jérôme n'avait pas voulu accepter son ambassadeur. Bien qu'il ne répondît plus à ses lettres, notre saint continuait toujours à lui écrire; il connaissait la vertu, la science du patriarche, et comprit qu'il avait été circonvenu. C'est pourquoi il s'attacha à dissiper les mauvaises influences, et fit si bien par ses lettres et par ses bons offices, que Théo-

' Ep. XXXVIII, ad Pamm., id. « Iste Isidorus qui in cœlum tuis laudibus tollitur, idipsum infamatur Alexandriœ, quod tu Jerosolymœ, ex quo non legalus advenisse vldetur, scd socius... Pollicetur ad adventum suum illico adversariorum cuneos proterendos. »

* Id. p. 331. « Si legatus es, redde legationis epistolas : si epistolas non halies, quomodo legatum te probabis? »

^ Id. « Ego misellus, dura in solitudine delitesco, a tanto pontifice repente truncatus, presbjteri nomen aniisi. Et tamen iste Hieronymus cum pannosa turba et sordidatis gregibus quld Isidoro illi fulmineo ausus est respondere? »

* Vallarsii et Maff^si, Vita Hier,, cap. xxvni.

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