CHAPITRE VIII
phile, vaincu par ces attentions délicates, rompit la glace et reprit avec Jérôoie ce commerce épistolaire un moment interrompu. Sa première lettre n'est pas des plus aimables, il exhorte notre saint à respecter les canons, à obéir à l'évêque de Jérusalem, à regarder l'ordination de Paulinien comme illicite, puis il l'engage à cesser de se montrer hostile à Origène dans des questions où la foi n'avait rien à craindre. Tel devait être le sens de cette lettre, que nous devinons par la réponse de saint Jérôme*.
Aux troubles suscités et entretenus par l'origénisrae se joignait déjà la terreur inspirée par les barbares; dès l'année 395, ils s'étaient avancés en Palestine \ « Du « fond du Caucase, les loups du septentrion ont envahi « nos provinces. Que de monastères ont été dévastés ! « Les fleuves ont porté à la mer leurs eaux rouges de « sang humain. Antioche a été assiégée, les villes qu'ar- « rosent l'Halys, l'Oronte, le Cydnus et l'Euphraie ont « partagé le même sort. L'ennemi traînait à sa suite des « légions de captifs. L'Arabie, la Phénicie, la Palestine « et l'Egypte sont saisies d'effroi. » Peu après l'Orient fut épouvanté par une nouvelle invasion; cette fois c'étaient les Huns. « Montés sur des chevaux infatigables, « dit saint Jérôme*, leurs escadrons erraient de çà, de « là, semant partout la terreur et le carnage. Ils tom- « baient partout à l'improviste, la rapidité de leur course « devançait la renommée. Pour eux, rien de sacré, ni la « religion, ni le rang, ni l'âge; les cris des enfants ne « touchaient en rien ces barbares. Le bruit se répandit « partout qu'ils se dirigeaient sur Jérusalem et que la
■ Ep. LVIII, ad Theophilum, id., p. 697.
• Ep. XXXV, ad Heliodoium, epitaphium Nepotiani, id., p. 274.
^ Ep. LXXXIV, ad Oceanura, de morle Fabiolœ, id., p. C6l.
« soif de l'or les y attirait. Alors nous fîmes préparer des « navires, on se transporta sur le rivage dans l'attente u de l'ennemi : les vents soufflaient avec violence, mais « le naufrage nous semblait moins à craindre que les « barbares. » Océanus et Fabiola venaient d'arriver à Bethléem ; celte invasion leur causa une telle épouvante, qu'oubliant leur dessein de s'y fixer pour finir leur vie auprès des Lieux-Saints, ils reprirent en toute hâte le chemin de l'Occident*.
L'apologie de Jean de Jérusalem faisait alors grand bruit à Rome. Océanus, qui revenait de Bethléem, s'efforça d'en détruire l'effet; ses conseils et son influence retinrent plusieurs qui se sentaient prêts à céder au torrent et à embrasser l'origénisme. Tranquillinus écrivit à Jérôme pour lui raconter ces choses et lui demander s'il fallait interdire la lecture des ouvrages d'Origène. C'était bien l'avis de notre saint, il répondit toutefois qu'on pouvait permettre de les lire moyennant de grandes précautions ^
On reproche à Tacite de chercher trop la cause profonde des plus petits événements, et de faire honneur à la sagesse impériale de certains résultats dont la politique des Césars était fort innocente. Cette accusation est d'autant plus fondée que souvent les causes les plus légères ont des suites d'une haute importance, témoin à cette époque le départ de Mélanie, car il suffit pour rendre la paix aux Eglises de Palestine. Rufin, qui avait accompagné cette sainte femme dans ses voyages en Orient, reprit avec elle le chemin de l'Italie : mais avant de quitter Jérusalem, il voulut rentrer en grâce avec Jérôme.
* Ep. LXXXIV, id. « Non in Oriente tenucrunt jam fixae sedes, et inveteratum sanclaium locorum desitlerium. » - Ep. LVI, ad Tranquillinum, id., p. p. bSd.