CHAPITRE VIII
La réconciliation fut solennelle, elle eut lieu dans l'église de la Résurrection. Ce n'était pas une rétractation de la part de Rulin, qui ne se crut jamais coupable d'hérésie; de son côté, notre saint paraît y avoir vu seulement l'oubli et le pardon de quelques paroles amères échangées dans la discussion '.
Toutefois, le départ de Rufin ne fut que l'aurore de cette paix que chacun souhaitait et attendait avec impatience. Jérôme, voyant que la présence de Paulinien à Bethléem était pour le patriarche de Jérusalem un motif de discorde et une source de récriminations, l'avait envoyé servir l'Eglise de Cypre, sous saint Epiphane \ Mais le bruit qui se faisait autour de l'apologie de Jean, le soin que l'on avait pris de la répandre partout, réveillèrent l'ardeur assoupie de notre Dalmate ; à l'attaque Jérôme voulut opposer une défense, et il se mit à composer son livre contre Jean de Jérusalem. C'est un pamphlet de circonstance', où il rapporte avec sa fougueuse éloquence les principaux incidents de la querelle suscitée en Palestine par les doctrines d'Origène; si les débats se sont envenimés, il en fait retomber la faute et le blâme sur la malice et la mauvaise foi du patriarche. Parmi les satires violentes échappées à la plume de notre saint, celle-ci nous paraît occuper le premier rang : pendant trois ans il avait gardé le silence et caché son ressentiment, mais en voyant ses adversaires multiplier leurs efforts pour dénaturer les faits , il se décida à dire la vérité, et laissa couler en même temps à flots pressés l'amertume amassée au fond de son cœur. Ce livre ne vint pas à la connaissance de RuUn, sans cela il en eût parlé dans ses Invectives; Jérôme ne
' Apol. adv. llufinum, lib. 111, id., p. 402.
* Ep. XXXVIII, ad Pamm., adv. Joan, Hier., id., p. 332.
» Ibidem, p. 306.
402 LES VOYAGES DE SAINT JÉRÔxME.
;le publia point, car à peine était-il achevé que les soins et les efforts de Théophile ramenèrent les jours de calme et de tranquillité. Les difficultés s'évanouirent; Jean leva la défense qu'il avait faite à Jérôme d'entrer dans l'église de Bethléem, et la paix se rétablit enfin dans la Palestine. T^otre saint annonça cette heureuse nouvelle à Fabiola en lui écrivant une longue lettre consacrée à l'explication vdes vêtements sacerdotaux prescrits par la loi mosaïque '.
Mais la paix n'était point faite pour notre Dalmate. Il ressemblait à ces hautes montagnes qui cachent dans les nues leurs sommets battus par les orages, tandis que leurs flancs dépouillés recèlent des fournaises ardentes dont les sourds murmures portent au loin la terreur : tel était Jérôme. La calomnie l'avait frappé sans l'abattre, le feu de ses passions ne s'était pas éteint sous les glaces de l'âge, son âme gardait toujours ses mêmes emportements dans l'amour de la vérité et dans la haine de l'erreur. La guerre ne tarda pas à se rallumer en Occident, Rufin se montra le plus acharné à la lutte, et l'origénisme fut encore l'antre d'Éole d'où s'échappa cette nouvelle tempête.
En arrivant à Rome, le premier soin de Rufin avait été d'engager le rhéteur Flavius Magnus ^ à demander
' Ep. ad Fabiolam, De reste sacerdotali, t. II, p. 578. « Nosira tibi displicuere consortia. Et tu quidem optato frucris otio, el juxta Babylonem Belhleemitica forsitan rura suspiras. Nos in Ephrata, tandem pnce reddita, vagientem de prœsepi audimus infantcm : et querlmonias ejus ac voculas ad tuas aures cupimus pervenire. »
* Le tombeau de ce Flavius Magnus vient d'être découvert par M. le chevalier de Rossi, dans l'Agro Verano, à côté de celui de Licentius, l'ami de saint Augustin. L'inscription qu'il porte est un brillant éloge du rhéteur : Flavius Wagnus vm clarissimus rhetor Urbis ^etern.e, ci'i tantum ob me-
RITUM SUUM DETCLIT SENATUS AMPLISSIMLS, UT SAT IDONEUM JLDICAREÏ, A QUO LEX DIGMÏATIS IXCIPERET ; PR.ïCEPTOR FRAUDIS IGNARUS ET INTRA BREVE TEM- PUS UNIVERS-* PATRICIA SOBOLI LECTIS MAGISTER ; ELOQUENTI.E ITA INIMITABILIS
SyECULO suo, UT TAXTUM VETERiBus possiT .EQiAni. Appcs quclques hésitalions,