‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 194 sur 236 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

rôme conservait sur la société romaine : il assistait toujours invisible et présent aux réunions du palais de l'Aventin, et pour emprunter au paganisme une de ses images, le solitaire de Bethléem continuait à se montrer Je dieu du foyer, le génie familier de la maison.

Il paraît que Marcella trouva de l'appui quand elle signala le danger; la voix d'une femme éveilla bien des échos et fournit à la vérité un grand nombre de défenseurs. Rufin fut effrayé de la réputation d'hérétique qu'on lui faisait; il jugea prudent de tourner le dos à l'orage, c'est pourquoi il sollicita du pape Sirice des lettres attestant qu'il était en communion avec l'Église. Le pape qui jugeait les autres d'après lui-même, dit saint Jérôme*, lui délivra aussitôt ces lettres et il partit pour Milan, afin de gagner Aquilée, sa patrie.

La traduction que Rufin venait de donner du livre Des Principes ne fut pas livrée au public, cependant Pammachius et Océanus réussirent à s'en procurer un exemplaire : ils l'adressèrent à Jérôme avec la préface artificieuse de l'auteur, dont ils taisaient le nom , car Rufin n'avait pas osé l'inscrire sur son ouvrage. Ils demandaient en môme temps à notre saint une traduction exacte du livre Des Principes^ et le priaient de vouloir bien indiquer les passages corrigés ou supprimés dans celle qu'ils lui envoyaient, d'éclaircir les pensées obscures, et surtout de dissiper les bruits que l'on voulait accréditer contre lui, en le présentant comme un des fauteurs de l'origénisme.

Il reçut vers la même époque une lettre de Rufin qui lui écrivait d'Aquilée, se plaignant d'être poursuivi par des ennemis acharnés au nombre desquels il comptait

' Ep. XCVl, id. « It aut simplicitati illuderet Episcopi qui de suo ingenio cœleros a?stimabat. »

les meilleurs amis de Jérôme : on eût dit qu'il les soupçonnait de n'agir en cela qu'à l'instigation de l'ermite de Bethléem. Rufm assurait, en terminant, n'avoir jamais manifesté d'intentions hostiles à notre saint et souhaitait à son tour de rencontrer la même générosité \ A cela Jérôme répondit qu'il n'avait, lui-même, en rien manqué aux devoirs de l'amitié, qu'il le priait seulement de se contenter de sa propre autorité, et de ne plus citer le témoignage d'autrui , comme il faisait dans sa préface au livre Des Principes. Cette lettre ne renferme aucune récrimination , aucune parole amère , mais les amis du saint docteur qui devaient la transmettre à Rufm, ne jugèrent pas à propos de remplir la commission, et la lettre n'arriva pas à son adresse. Le messager qui l'avait apportée en remit une autre à Pammachius et à Océanus avec la traduction que Jérôme venait d'achever du livre Des Principes. Dans cette lettre , il répondait à toutes leurs questions sur ce livre, et confessait de nouveau qu'il avait loué Origène sans jamais embrasser ses erreurs \

Nous n'avons pas celte traduction de saint Jérôme parce que la fidélité et l'élégance de l'œuvre dévoilèrent clairement les erreurs d'Origène , et dès lors personne, parmi les chrétiens, ne voulut conserver un livre que chacun regardait comme hérétique. Celle de Rufin, au contraire, est arrivée jusqu'à nous; elle n'offrait rien qui pût effrayer les consciences les plus timorées, puisqu'on y avait supprimé les passages les plus dangereux et couvert le reste d'un voile d'orthodoxie. A juger de l'œuvre par une copie aussi imparfaite, il semble qu'Origène avait réuni et enchaîné les principales

' Ep. XLII, ad Rufinum, id., p. 548.

' Ep. XLI, ad Pamm. et Océan., id., p. 342.

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